Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Re-Belles
  • Re-Belles
  • : Re-Belles. 40 ans du mouvement de libération des femmes , MLF Appellation d'Origine Incontrôlée. Objectif : FÉMINISTES TANT QU'IL FAUDRA !
  • Contact

livres, expos, dépêches...

l-emancipation-creatrice-aff.jpg

 

9h30 - 10h00 Introductions
Richard Conte, professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, directeur de l’institut ACTE
(Arts-Créations-Théories-Esthétiques) UMR. Sorbonne / CNRS
Hélène Périvier, économiste, OFCE, coresponsable de PRESAGE, Programme de Recherche et d’Enseignement des
SAvoirs sur le GEnre
Françoise Gaill, directrice de recherche émérite au CNRS, ancienne directrice de l’Institut Ecologie et Environnement (INEE), conseillère scientifique à l’INEE
10h00 - 11h00 Dialogue
Jacques Rancière, professeur émérite à l’université Paris 8, département de Philosophie
Geneviève Fraisse, directrice de recherche émérite au CNRS (Philosophie), comité scientifique de PRESAGE
11h15 - 11h45 Excluding politics : For a history of muses and ruses
Penelope Deutscher, professeure au département de Philosophie, Northwestern University, Evanston, IL
11h45 - 12h15 Une histoire émancipatrice
Florence Rochefort, historienne, CNRS (GSRL), présidente de l’Institut Emilie du Châtelet (IEC)
12h15-12h45 Réponse de Geneviève Fraisse
12h45 - 14h15 Déjeuner
14h15 - 14h25 Ménage et remue-ménage dans les concepts
Margaret Maruani, directrice de recherche au CNRS, CERLIS/université Paris Descartes, directrice du Mage et de
Travail, genre et sociétés.
14h25 - 14h55 Les contretemps de la création
Stefania Ferrando, doctorante en Etudes politiques (EHESS/institut Marcel Mauss – LIER)
14h55 - 15h25 Identité, égalité et émancipation
Patrick Savidan, professeur des universités à l’université de Poitiers
15h30 – 15h55 Intermède musique
Artiste invitée: Joëlle Léandre
16h - 17h15 Table ronde l’émancipation créatrice
Présidée par Hélène Périvier
Laure Adler, écrivaine et productrice à Radio France
ORLAN, artiste
Sabine Prokhoris, psychanalyste et philosophe
17h15 - 17h45
Geneviève Fraisse
Intermède musique
Artiste invitée : Joëlle Léandre
Remerciements et pot de clôture

 

l-emancipation-creatrice-prog.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

invitation-Libralire-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FRANÇOISE HUGUIER

AU DOIGT ET À L'ŒIL

Autoportrait d'une photographe

Sabine Wespieser éditeur


9782848051635FS.gif


Mes princesses charmantes à moi sont des petites sorcières qui jetaient leurs poupées au feu dans la cour d'une école de religieuses, et incitaient leurs amies à en faire autant. Sans le savoir, elles rejouaient l'histoire de leurs lointaines ancêtres, les sorcières brûlées jadis par une tradition de part et d'autre du mur d'incompréhension que les religions dressent entre les gens de bonne volonté. Vous remarquerez que je n'emploie pas la formule (con)sacrée : « hommes de bonne volonté »… Car les hommes, parfois, semblent faire preuve d'une singulière mauvaise volonté quand il s'agit de se défaire de leurs habitudes, prérogatives et autres grigris destinés à masquer leur impuissance fondamentale.
Or, tout le monde le sait, seuls ceux qui se croient puissants craignent vraiment l'impuissance. Les autres s'en accommodent ou la contournent.


Ainsi, une petite sorcière de mes amies découvrit très vite la loi du plus fort, ayant crapahuté comme enfant otage dans la jungle vietnamienne (« J'avais huit ans », Actes Sud, 2005). Elle s'en accommoda le temps qu'il fallait et en garda singulièrement une curiosité extrême pour l'humanité dans son ensemble, et particulièrement celle qui vit sous d'autres latitudes que la nôtre.


Armée de sa seule générosité et de son œil curieux, on la vit donc arpenter presque tous les continents, du Japon au Mali et du Détroit de Behring (« En route pour Behring », Maeght, 1993) à St-Pétersbourg (« Kommounalki », Actes Sud, 2008), « Sur les traces de l'Afrique fantôme » (Maeght, 1990) ou dans les coulisses des femmes « Sublimes » (Actes Sud, 1999) de la mode. Car parfois, elle s'arrêtait à Paris* entre deux voyages et trouvait le moyen d'y découvrir des lieux, des histoires, des corps, des visages, le plus souvent de femmes, qu'en général on ne regarde pas de cette manière : avec tendresse et acuité.


Elle raconte ses reportages et bien d'autres choses dans son premier « autoportrait d'une photographe », paru récemment chez Sabine Wespieser. Son livre se lit comme un récit d'aventure, d'aventures au pluriel, dans une prose qui ne perd pas son temps à faire des circonvolutions, qui va droit au but, au plus près de son expérience et de ses rencontres.


C'est un beau livre d'une belle personne : mon amie la petite sorcière mais grande photographe.

 

Cathy Bernheim.


* Un exposition monographique

des œuvres

de Françoise Huguier

aura d'ailleurs lieu à Paris,

à la Maison Européenne de la photographie,

du 4 juin au 31 août 2014.

 

 

 

•  

 

 

logoCaSDB.jpg   

CENTRE AUDIOVISUEL

SIMONE DE BEAUVOIR

Projections

au Nouveau Latina :

20 rue du Temple, 75004 Paris, M°Hôtel de Ville 

Le programme :

http://www.centre-simone-de-beauvoir.com/agenda.html  

http://www.centre-simone-de-beauvoir.com/

   

 

ÉMISSION              

FEMMES LIBRES  

sur Radio Libertaire   

Les mercredis

18h30/20h30

Vous pouvez écouter et ou télécharger l'émission pendant 1 semaine sur: 

http://media.radio-libertaire.org/php/grille.php

et téléphoner pendant l’émission au 01 43 71 89 40

 

LIBRAIRIE           

VIOLETTE&CO   

102 rue de Charonne, 75011 Paris, M° Charonne ou Faidherbe-Chaligny 

Livres

- Rencontres

- Atelier d’écriture 

- Expositions  

http://www.violetteandco.com/librairie/ 


 

•  

 

 ÉDITIONS  iXe        

un nouveau titre aux Éditions iXe

http://www.editions-ixe.fr/    

 

 

 

• 

 


P1010295m2 

FrancoisePasquiercCDeudon.jpg

© Catherine Deudon 

 

 

 

 

 

 

 

Oceanerosemarie.jpg

 

 

Eva Besnyö, 1910-2003 :

"Quand je me déplace avec mon appareil photo, je vois les choses.

Avec un sac à provisions, je passe à côté de tout."

Besnyo_08bis.jpg 

 

Besnyo_21.jpg

Eva Besnyö, sans titre, 1976 (Action menée par les Dolle Mina, “Terug naar de Breinaald” / “Retour à l’aiguille à tricoter »)

 

 

LIRE L'ARTICLE DE CATHERINE GONNARD http://lemagazine.jeudepaume.org/2012/07/catherine-gonnard-eva-besnyo-une-femme-de-son-siecle/


Eva Besnyo-Autoportrait-1952 

Eva Besnyö, Autoportrait, Budapest, 1929 © Eva Besnyö / Maria Austria Instituut Amsterdam

 

 

cahun044.jpg

 

Brouiller les cartes. Masculin ? Féminin ? Mais ça dépend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours.


  

Après le passage des footballeuses lesbiennes sud africaines en France le reportage vidéo de TV5 Monde

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/Terriennes/Videos/Reportages/p-22210-Lesbiennes-et-footballeuses-en-Afrique-du-Sud-elles-temoignent.htm

foot-for-love-003

 

 


220px-Self-portrait_as_the_Allegory_of_Painting_by_Artemisi.jpg

 

 

 

Encore Elles !

Unknown.jpeg

 

Le DVD

Durée 52 min
Co-production France Télévision
Format PAL
Type Multi Zone DVD 5 Pal DVD-R
Disponible en Français
Prix : 15.00 €

Pour l'acheter et voir la bande annonce :

http://www.lahuit.com/article/fra/encore-elles

Ou 

 http://www.violetteandco.com/librairie/

 

 

26 août 2010

Place du Droit des Femmes et des Hommes…

Au Trocadéro

 

Merci Nelly pour tous ce travail photographique !

 

trocadero-aout-2010.jpg

 

40ans-du-Mouvement.-26_8_2010jpg.jpg

 

26 août 1970/ 26 août 2010

 

Pour lire la suite : 

Place des Droits des Femmes et des Hommes

 

 

 

Sur RFI le 10 avril 2010

9h30-10h30

Valérie Nivelon évoque avec Martine Storti, Cathy Berneim et d'autres les premières années du MLF

ECOUTER :

RFI-10avril10-40-ans-mlf-quand-femmes-prennent-parole

 


Le dossier de TV5 MONDE
pour célébrer les 40 ans du MLF
 

Le dossier sur "Les 40 ans du MLF, Féministes d'hier et d'aujourd'hui"est désormais en ligne sur le site de TV5 Monde, page informations

Pour le consulter, voici le lien : 
http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/MLF-40-ans-feminisme-fevrier-2010

Et pour connaitre le programme spécial que TV5 Monde met en place pour célébrer les femmes, voici le lien : 
http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/8mars-journee-internationale-droits-femmes-2010

  



France Culture

Le 19 octobre 2009, de  9 à10h

LA FABRIQUE DE L'HISTOIRE

d'Emmanuel Laurentin

Thème : CULTE DES GRANDS HOMMES

Invitée Cathy Bernheim 

radiofrancefrance-culturefabriquenew/fiche

Pour écouter :

FCultureFabdelHistoire19-10-9

 

"Avant les grands hommes, les grandes femmes ! A l'occasion d'une série consacrée au culte des grands hommes, nous ouvrons la semaine en évoquant celles qui ont voulu rendre hommage à une anonyme : la femme du soldat inconnu.
C'était le 26 août 1970, une dizaine de militantes se réunissaient place de l'Etoile. Elle veulaient réaliser une action spectaculaire pour soutenir leurs consoeurs américaines qui avaient déclenché une grève. Ce sera la pose d'une gerbe à celle qui est encore "plus inconnue que son mari".
Cette action brève mais médiatisée lancera le mouvement féministe qui va rapidement se structurer.
Cathy Bernheim qui a déjà raconté cette histoire au début des années 1980 dans "Perturbation, ma sœur" (ed. Seuil) , revient sur l'ambiance de cet événement, quand les militantes féministes voulaient faire entrer les femmes dans l'histoire.

 



LIVRES :
Cliquer ici
• Livres et revues 2009/2010
ou • Livres et revues 2011/2012
Des livres que l'on peut trouver, disponibles ou sur commande, dans toutes les libraires de France et de Navarre.

 

TestFéminitéCouv

 

FaitsDurables-couv1-1


GenreNCHETCUTI-1.jpg

 

 

373723_439756126049471_1749968631_n.jpg

 

 

 

Unknown-copie-1.jpeg

 


FabduFemGFaisse 

 

couvlivrecongres

 

 

couv BAT-light

 

DOCU SL792

 

1re-HR.jpg

 

 

1re-couv.-enchilada.jpg

H.bernheimcoverUne.jpg


amaz2.jpg

 

1-Couv_Chantier_def.jpg

 

FF5.jpg

a-cote-couv.jpg

 

 

9782228905831.jpg

 

 

 

Perturb.jpg

 

couvL-Amour.jpg

 

multitudes42-couverture recto corrige jpeg-d1ddf 

CouvMerci

CouvJesuisunefemme2



wassyla-couverture.jpg

 



 

 





 

 


Nous contacter

re.belles@free.fr 

 

ECOUTER DE LA MUSIQUE

 

 

 

 RETOUR À : la page d'accueil

 

logo-40-ans.jpg

 

 

 

Si la liberté était le cri de guerre des femmes des années 70, en ce début d'année 2015, elle est aussi le cri de rassemblement de millions de gens, audible au delà des frontières.

 

CharlieAffBlog

 

CharlieAffBlog

 

CharlieAffBlog

 

 

CharlieAffBlog

 

CharlieAffBlog

 

CharlieAffBlog

 

 

 

 

 

• 

 

Communiqué de presse

Pintemps 2014

solidarité avec

Najat Vallaud Belkacem
 P1020471

 

Depuis sa nomination au ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud Belkacem subit une volée d’attaques et d’injures sexistes, racistes, misogynes, émanant à la fois de certains membres du personnel politique, de certains medias, de certains sites internet, de certains individus ou groupes s’exprimant sur les réseaux sociaux.
Elle est attaquée et injuriée sous divers angles : pour ce qu’elle pense, pour ce qu’elle a fait en tant que ministre des droits des femmes, pour ce qu’elle est, une jeune femme française d’origine marocaine. Sont ainsi visés ses idées, son action, son parcours, sa personne.
Nous tenons à affirmer notre entière solidarité avec Najat Vallaud Belkacem, conscientes qu’à travers elle, est aussi gravement mis en cause ce que doit être l’égalité républicaine,  c’est-à-dire l’égalité entre les sexes, entre les origines, entre les personnes.

 

Associations signataires :
Féminisme et géopolitique
40 ans de MLF
Forum femmes méditerranée
Chiennes de garde
Collectif féministe contre le viol
Libres MarianneS
Réussir l’égalité femmes-hommes
Ligue du droit international des femmes
Réseau féministe Ruptures
Fit une femme un toit
Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir
Coordination du lobby européen des femmes
Le monde à travers un regard
Femmes solidaires
Planning familial
Elles aussi
Association nationale des études féministes
Assemblée des femmes
Elues contre les violences faites aux femmes
Fédération nationale solidarité femmes
Du côté des femmes
Fédération nationale GAMS
Osez le féminisme
Féministes en mouvements

 

contact : http://www.martine-storti.fr/

 

 

 

« Les droits des femmes doivent être mis à l’agenda politique européen », réclament Marie-Noëlle Bas (Chiennes de garde), Magali De Haas (Osez le féminisme), Sabine Salmon (Femmes Solidaires), Annie Sugier (Ligue du droit international des femmes)... après le récent rejet par le Parlement de l'Union d'un rapport sur l'égalité salariale. A quelques semaines des élections des députés de l'UE, elles proposent d'en faire « un enjeu significatif du vote ».

 

Pour la deuxième fois en quelques mois, le Parlement européen a rejeté un texte qui visait à faire avancer l’égalité femmes - hommes en Europe. Les conservateurs, une fois de plus, se sont mobilisés contre l’égalité salariale, la lutte contre les stéréotypes sexistes ou l’accès des femmes aux responsabilités. Comme à leur habitude et prenant modèle sur leurs collègues américains, ils mènent en Europe un combat systématique contre les femmes au détriment de leur liberté et de leur émancipation. Plus étonnant, ils ont pu compter sur des députés s’affirmant progressistes pour s’abstenir et ainsi permettre le rejet du texte.

 

Ce rejet n’est pas un épisode isolé, il s’inscrit dans une série de reculs et de remises en cause des droits des femmes en Europe. Que l’on aborde la question de la contraception et de l’avortement, que l’on parle de permettre aux femmes d’accéder aux responsabilités ou encore de l’égalité des salaires, on se heurte à un mur de conservatisme qui freine n’importe quelle avancée, même minime. Pendant que l’Europe stagne, l’Espagne, la Lituanie ou la Macédoine font reculer le droit à l’avortement, pourtant clé de voute de la liberté des femmes et de l’égalité entre les sexes.

 

Que se passe-t-il dans les têtes de ces parlementaires ? Sont-ils, hommes et femmes, satisfaits des 18% d’écarts de salaire ? Sont-ils contents de constater que les femmes européennes ne sont que 25% dans les parlements nationaux ? Que parmi les 27 gouverneurs des Banques centrales, on ne compte aucune femme et qu’elles représentent par ailleurs 70% des travailleurs pauvres ? Qu’elles assument 2/3 des heures de travail pour ne toucher que 10% des revenus ? Qu’elles soient 62 millions victimes de violences physiques et sexuelles ? Est-ce cette Europe à laquelle nous aspirons et que nous souhaitons laisser aux générations futures ?

 

La responsabilité de la droite dans ces reculs est majeure. Celle des partis progressistes, qui n’ont pas réussi à mobiliser suffisamment ou qui se sont divisés, doit également nous interroger. Les quelques féministes qui se battent depuis longtemps dans ces organisations politiques le savent : l’égalité femmes - hommes, tout le monde est pour… mais ce n’est jamais la priorité ni le bon moment.

 

Quand les dirigeants de l’UE comprendront-ils qu’il ne sera pas possible de construire l’Europe sans les femmes et sans faire de leurs droits un automatisme des politiques publiques ? Tant que la moitié de la population sera victime de discriminations, d’inégalités et de violences, il ne sera pas possible de construire une Europe de justice et une Europe de paix.

 

Il ne s’agit pas uniquement des femmes elles-mêmes ou de leurs droits : c’est une vision de l’Europe que nous voulons porter. Continuera-t-elle à se construire indépendamment des intérêts de celles et ceux qui la constituent ? Continuera-t-elle à être l’objet de quelques individus blancs, aisés, vieillissants et déconnectés de la réalité des peuples qui depuis Bruxelles décident de l’avenir de millions de personnes, créent des normes dans de multiples domaines, mais relèguent aux Etats le droit de régir les libertés des femmes ? 

 

Les droits des femmes doivent être mis à l’agenda politique européen. Les élections européennes seront une occasion à saisir pour porter ce débat sur la scène européenne, d’en faire un enjeu significatif du vote et d’envoyer un signal clair aux institutions européennes : l’Europe ne se fera pas sans les femmes et ne se fera pas sans l’égalité.

 

Marie-Noëlle Bas, présidente des Chiennes de garde, Marie Cervetti, directrice du FIT, une femme, un toit, Caroline De Haas, militante féministe, Magali De Haas, Osez le féminisme, Monique Dental, réseau féministe Ruptures, Anne-Cécile Mailfert, Osez le féminisme, Françoise Morvan, Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes, Marie-Christine Lecomte, vice-présidente de Libres MarianneS, Françoise Picq, Association nationale des Etudes Féministes, Sabine Salmon, présidente de Femmes Solidaires, Martine Storti, présidente de féminisme et géopolitique, Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes

 

 

 

 

LE BLOC-NOTES  

de Martine Storti 

(sur son site)

http://www.martine-storti.fr/bloc-notes/

 

Genre : osez la liberté !

… Pour en revenir à ces ABCD expérimentés dans quelques écoles françaises, ils auraient dû s’appeler « ABCD de l’égalité et la liberté ». De les avoir mal nommés n’a pas empêché les cris d’orfraie. Pour la suite, il faudra oser mettre la carte sur la table, c’est-à-dire la carte de l’émancipation réelle qu’il faut concevoir comme Pierre Mendès France concevait la  République, « éternellement révolutionnaire à l’encontre des inégalités, de l’oppression et de la misère, de la routine, des préjugés et éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir ».

… lire le début :

http://www.martine-storti.fr/bloc-notes/


http://blogs.mediapart.fr/blog/martinestorti/140214/propos-du-genre-osez-la-liberte

 

 

 

                                                 

 

 

 

 

Amina.

Portrait par Quentin GIRARD

Libération 5 septembre 2013

 

http://www.liberation.fr/monde/2013/09/05/amina-un-nouveau-dessein_929693

 

Le blog

http://freeamina.blogspot.fr

 

197071_10151406005293370_132952934_n.jpg

 

 

nosseinstournante-50423

 

 


 

                                                

le 22 février 2014

Pinar Selek


pinar_home_02.jpg

L'humanité du 22 février 2014
Pinar Selek: Mandat d'arrêt international annulé
Interpol a annulé le mandat d'arrêt par Ankara qui visait la sociologue turque Pinar Selek, condamnée à la prison à vie en Turquie et réfugiée en France. C'est ce qu'a annoncé le député français  Philippe Bies (PS), membre de son comité de soutien.
"La commission de contrôle d'Interpol a annulé le mandat d'arrêt international qui avait été émis par Ankara et supprimé Pinar Selek de ses fichiers", a indiqué le député PS du Bas-Rhin, Philippe Bies, à l'AFP, se référant à une information officielle du ministère de l'Intérieur. "La sociologue retrouve sa liberté de mouvement" au sein des quelque 190 pays membres d'Interpol, à l'exception de la Turquie où elle reste poursuivie, a relevé l'élu. "La suite du combat, c'est son acquittement en Turquie", a ajouté le député.
Pinar Selek a été condamnée en janvier 2013 à la prison à vie par la Cour pénale d'Istanbul, alors qu'elle avait été acquittée à trois reprises auparavant, en 2006, 2008 et 2011. La sociologue, qui réside à Strasbourg, a réagi avec satisfaction à la levée de son mandat d'arrêt. "C'est une bonne nouvelle", a-t-elle dit, jointe par téléphone. Mais "mon seul but est l'acquittement et de rentrer chez moi", a-t-elle ajouté.
Pinar Selek a été condamnée pour "participation à un attentat à l'explosif contre un site touristique d'Istanbul, qui avait fait sept morts en 1998." Incarcérée peu après, elle a été impliquée dans cette affaire pour avoir refusé de donner à la police les noms de rebelles kurdes qu'elle avait rencontrés dans le cadre de ses recherches.
Elle avait été libérée en 2000 à la suite de la publication d'un rapport attribuant l'explosion en question à une fuite de gaz. Elle a quitté la Turquie en 2009, et obtenu en février 2013 l'asile politique en France. 

 www.pinarselek.fr/

solidaritepinarselek.france@gmail.com  

 

pinar_home_01.jpg


Couv iXe100x130 OK2-copie-1

Éditions iXe 5€

http://www.editions-ixe.fr/

 

 

                                                          

ARCHIVES

 JOURNAUX DU MLF         

 

• le torchon brûle n°0 - intégralité.

• le torchon brûle spécial Fête des Mères
• Chroniques du MLF : premiers articles, premiers journaux


Torchon2couvL

 

  Histoire du MLF             

 

• Chronologie des années 1970, 1971, 1972.

• 8 mars, du mythe à la réalité.  

• PLACE DES DROITS DES FEMMES ET DES HOMMES, 26 août 2010 - 26 août 1970 ARC DE TRIOMPHE - Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne  

 

arc1-2m.jpg

 

  Presse                              


• Le non-anniversaire d'octobre 2008 + presse 2008/2009  

DIALLO - DSK / OPINIONS DANS LA PRESSE

 

  Livres                               

 

• Livres et revues 2011/2012

• Livres et revues 2010

Rencontre avec deux libraires et une éditrice  

• Françoise Pasquier, éditions Tierce et Deuxtemps-Tierce, 1976-1993  

• Françoise Pasquier, éditrice

 

MernissiMod

 

  Programmes 2010             

  40 ans du MLF                   

 

• PLACE DES DROITS DES FEMMES ET DES HOMMES, 26 août 2010

• LE CONGÈS INTERNATIONAL FÉMINISTE

• LES PROGRAMMES 2010 DÉTAILLÉS

• LE CALENDRIER 2010

• LES PROGRAMMES AUTOUR 


MF0911029

/ / /

Fatima Lalem

Le féminisme comme facteur de transformation sociale

 

   Je veux remercier toutes les militantes de l’association des 40 ans du MLF qui ont pris de multiples initiatives tout au long de cette année. Pour le Maire de Paris et pour moi-même, c’était une évidence de soutenir ce combat. Plus qu’une évidence, une nécessité. Je voudrais dire merci à : Martine Storti, Françoise Picq, Liliane Kandel, Monique Dental, ainsi que Chahla Chafiq, Wassila Tamzali avec lesquelles j’ai eu le plaisir de participer à la préparation de ce congrès . Comme à l’image du Mouvement, cette préparation s’est faite dans une ambiance de sororité, de gaîté, et de vivacité mais aussi dans une ambiance où l’analyse et la réflexion se sont accompagnées d’un dialogue critique.

   Les années 1970 ont été marquées par une mobilisation des femmes sans précédent, qui s’est caractérisée par un foisonnement d’idées, la constitution de groupes et d’espaces de débats multiples, d’actions nombreuses, spontanées ou organisées. Tout cela dans une même convergence fondamentale : celle d’une volonté farouche de remettre en cause de façon irréversible le rapport de domination, dans toutes ses composantes, d’un sexe sur l’autre. Voila ce qui constituait ce que l’on a appelé le Mouvement de libération des femmes qui voulait ériger les revendications féministes au rang de lutte politique avec une remise en cause radicale de l’oppression à tous les niveaux : du corps à l’insertion professionnelle en passant par la famille et la sexualité.

   Les femmes du MLF ont été réellement révolutionnaires, faisant irruption et scandale dans une société machiste qui ne voulait ni les voir ni les entendre. Elles ont investi par leur discours et leurs actions l’espace public et le champ politique ouvrant le chemin de 40 ans de revendications et de luttes pour les droits des femmes. Et ce n’est pas un hasard si aujourd’hui, au détour d’une année de mobilisation la nouvelle donne féministe est profondément questionnée. Ainsi, porter un regard historique sur le Mouvement et ses évolutions en lien avec les mutations sociales qui ont transformé notre société participe non seulement de la compréhension du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui mais aussi de la mise en visibilité de l’apport du féminisme comme facteur de transformation sociale, hier comme aujourd’hui.

   Le monde des années 70 n’est plus ! La mondialisation des enjeux socio- économiques, la révolution technologique, la crise économique et financière configurent le cadre de référence dans lequel nous vivons aujourd’hui ….et l’histoire de l’oppression des femmes se perpétue à des degrés divers selon les continents et les pays. Malgré des avancées indéniables, le poids de la domination masculine, les violences à l’encontre des femmes et le sexisme ordinaire nous interpellent encore fortement. Ce mouvement fut global, politique, culturel et sociétal et ne se réduisait pas aux seules luttes pour l’avortement et la contraception ou à la lutte contre les discriminations etc.

   Par ailleurs, le fait que le rôle politique des mouvements féministes soit partout minimisé, et cela a été souligné à maintes reprises, contribue non seulement à donner une représentation géopolitique de la domination occidentale sur le monde, notamment par rapport aux droits des femmes, mais cela rend aussi inefficaces les affirmations sur l’universalité des droits. En France, dans cette société démocratique, le paradoxe est accablant ; alors que les droits des femmes ont incontestablement évolué favorablement en 40 ans, alors que plus généralement le niveau d’éducation, l’accès et la qualité des soins, la production et l’accès aux biens et services et la qualité de vie de nos co-citoyens se sont relativement améliorés, que l’informatique et ses dérivés ont révolutionné nos modes de communication et nos modes de vie dans ces dernières décennies, les combats portés par les féministes dans les années 1970 sont toujours d’actualité et demeurent une grande nécessité. Que l’on regarde les inégalités salariales, le plafond de verre, la double, voire triple journée assumée quasi exclusivement par les femmes…le diagnostic est sans appel.

   Ce constat est évidemment exacerbé par un contexte politique régressif caractérisé par une idéologie rétrograde et restrictive des droits fondamentaux et cela sous prétexte de réformes novatrices. Celles-ci ne sont en réalité que des contres réformes néolibérales, dont la virulence est amplifiée par le contexte de crise économique dans lequel nous sommes aujourd’hui englués. L’exemple le plus récent et non des moindres est celui de la réforme des retraites ; bien qu’elle vienne renforcer les inégalités scandaleuses, cette question n’a été traitée qu’à la marge, tant sur la scène politique que médiatique. Sous le double prétexte que notre législation française intègre aujourd’hui le corpus des droits des femmes et qu’une crise est en cours, le politiquement correct voudrait nous imposer le diktat du « tout est réglé pour les femmes, n’en parlons plus ». Pire, le gouvernement actuel, tout en supprimant les instances et les moyens politiques et financiers des droits des femmes, les instrumentalise par des discours et une politique d’affichage et la manipulation est à son comble lorsque sont instrumentalisés nos droits constitutionnels, comme ce fut le cas dernièrement dans ce pseudo débat sur l’identité nationale

   A contrario, silence radio sur des faits graves qui se produisent dans le sacro saint de la laïcité qu’est l’école avec la diffusion par un enseignant d’histoire d’un film anti-IVG encore plus gore que « Le cri silencieux » et qui porte atteinte fondamentalement au droit de disposer de son corps, aux principes de prévention et d’éducation. On peut imaginer l’impact psychologique désastreux auprès des jeunes élèves auxquels cet enseignant s’est adressé pendant plus de deux ans avant qu’il ne soit suspendu seulement pour 4 mois…. soit une quasi impunité alors que les droits des femmes et la laïcité sont gravement bafoués. Cette instrumentalisation de nos droits se retrouve amplifiée lorsqu’on regarde du côté des instances internationales. Le décalage entre l’affirmation d’objectifs généreux comme ceux du Millénaire portés par l’ONU et le cynisme qui se joue à pas feutrés notamment par l’élection de l’Iran à la commission de la condition de la femme aux Nations Unies en est un exemple patent.

   Un autre exemple édifiant. Rappelons-nous l’émotion et les mobilisations internationales sur le sort des petites filles et des femmes afghanes qui avaient accompagné l’intervention d’octobre 2001 dans ce pays, et qui ont souvent été présentées comme une des justifications de cette intervention militaire. Aujourd’hui le deal et le message portés par le gouvernement afghan validés par les puissants de ce monde consistent à dire : « opprimez les femmes autant que vous voulez mais cessez de nous faire la guerre. » Cet odieux marchandage n’est évidemment pas nouveau mais il prend un sens particulier dans le contexte géopolitique actuel. Ici en France, régulièrement une ou deux fois par an, on assiste à des manifestations ou à la dénonciation, certes légitimes, du sort abject réservé à telle ou telle femme, symbole de notre bonne conscience collective. Pendant ce temps, le fémicide au Congo et dans d’autres contrées du monde se poursuit, une femme sur cinq est victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie, les violences sexuelles et notamment les mutilations génitales touchent plus de 130 millions de femmes par an dans le monde. Et des millions de femmes survivent marquées à jamais par des séquelles des multiples violences, jeunes filles vitriolées, petites filles excisées, jeunes filles aux seins mutilés au Cameroun et j’en passe.

   Alors, oui, il faut dénoncer et agir face à tous ces actes barbares et cela est une absolue nécessité certes, mais l’action, notre action est aussi frontalement confrontée à diverses questions : celle de l’assignation spécifique des femmes à la religion et à la culture, celle de l’idéologisation de la religion, celle du relativisme culturel, celle de l’essentialisme. Ces questions se posent aux féministes, elles les confrontent, les divisent. Alors il me semble que nous devons toutes affirmer, quel que soit notre positionnement, que le combat politique féministe aujourd’hui est une absolue nécessité pour réinvestir réellement le projet politique de l’égalité entre les femmes et les hommes.

   Permettez moi de conclure par une petite note d’espoir et de satisfaction en félicitant les jeunes générations, en leur disant bravo : bravo à toutes celles qui veulent le féminisme, à celles qui l’osent, à celles qui le revendiquent. Oui soyons toutes fières de nos combats d’hier, et de ceux à venir dans leur pluralité et leur diversité.

 

 

 

 

Martine Storti

Pourquoi ce congrès

 

   Ce congrès se tient dans le cadre des « 40 ans du MLF », anniversaire célébré au long de cette année 2010. Il n’était pas écrit à l’avance que les 40 ans du MLF serait objet et sujet d’un anniversaire. A-t-on fêté les 10 ans, les 20 ans, les 30 ans ? Non, tandis qu’à chaque décennie revenait la célébration de mai 68. Il y a eu les « 40 ans du MLF » parce que quelques-unes l’ont décidé. C’est ainsi : les « 40 ans » furent avant tout le fruit d’une décision. Et parce que cette décision a été prise, d’autres, nombreuses, multiples ont suivi : décisions de faire des expositions de photos, de projeter des films et des vidéos, d’écrire des livres, de réaliser des documentaires, des émissions de radio et de télévision, d’organiser des débats, des journées d’études, des rencontres, de se rassembler dans les rues ou sur une esplanade, de créer un blog, de faire des fêtes ou, nous y sommes, de se réunir en congrès.

   Nourris d’abord d’un désir et d’un devoir de transmission, les « 40 ans » ont été un regard sur le passé, faisant remonter des années 70 des visages, des noms, des rires et des larmes, des slogans, des événements, des textes, des analyses, des luttes. Ils n’ont cependant pas eu qu’un enjeu rétrospectif, d’abord parce que ce passé pouvait, par ses thèmes et ses combats, avoir une incidence sur le présent. Il y a en effet une sorte d’actualité du passé, j’ai envie d’ajouter hélas, par exemple en constatant qu’un manifeste a été lancé contre le viol en 2010 alors que nous avions, en 1976, c’est-à-dire il y a 34 ans, déjà rédigé un tel manifeste. Par ailleurs, cette célébration s’est ancrée dans le présent parce qu’elle a permis et favorisé l’établissement de contacts et de liens avec les générations suivantes. Placé en décembre, ce congrès ne clôt pas cette année fertile, car rien ne se termine jamais, et surtout pas ce mouvement des femmes qui vise une libération sans cesse inachevée ; il vient plutôt en scansion finale, car il nous a paru nécessaire de terminer l’année 2010 avec une initiative délibérément tournée vers le présent et l’avenir, de surcroît internationale puisque la libération des femmes ne peut se déployer dans un seul pays.

   Autre précision à donner d’emblée, puisque la question est souvent posée : pourquoi ce mot de congrès plutôt que colloque ou rencontre ? Plusieurs raisons à ce choix. D’abord comme un clin d’œil aux congrès féministes internationaux qui se sont tenus dans de nombreux pays à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle et qui étaient un lieu et un temps de rencontres entre des intervenantes venues de différents pays. Celui-ci le sera aussi, puisqu’il s’étale sur trois jours et que vont y intervenir des femmes venues d’Afrique et d’Asie, d’Amérique et d’Europe, de l‘Ouest et de l’Est, du Nord et du Sud ; toutes se définissant comme féministes en occupant une position sociale différente : syndicalistes, universitaires, chercheuses, militantes d’association, responsables politiques, élues, journalistes, écrivaines... Des positionnements professionnels, sociaux, militants divers, à l’instar de ceux des personnes présentes dans la salles venues écouter mais aussi participer, prendre la parole. Ce mot de « congrès » renvoie aussi à cela : aux paroles de la tribune s’ajoutent les paroles des personnes présentes qui n’ont pas à se laisser intimider par un vocabulaire, un langage, je dirai presque une rhétorique, fut-ce celle de la recherche féministe, ou du militantisme du même nom !

   Dans les congrès auxquels je viens de faire une brève allusion, les participantes n’étaient pas, loin s’en faut, toujours d’accord entre elles, et l’on peut deviner que tel sera aussi le cas ici. Je préciserai d’ailleurs d’emblée que les organisatrices de ce congrès n’ont pas été non plus d’accord sur tout. Parfois les débats entre nous ont été rudes et si chacune avait fait seule le « casting », sans doute aurait-il été différent. Mais c’est précisément parce qu’il n’est pas consensuel qu’il est intéressant et pertinent. Il y a donc eu des concessions réciproques, non pas pour aboutir à une position moyenne, pour le formuler plus familièrement mi figue-mi raisin, mais pour s’emparer, affronter des positions et analyses différentes. En effet on ne construit rien sur la peur d’affronter les désaccords, on ne construit rien sur le martèlement de la ligne juste.

   Je n’évoquerai que brièvement, dans cette introduction, les problématiques et les enjeux qui seront analysés et débattus pendant ce congrès de trois jours.

   40 ans après, le monde n’est plus celui dans lequel se sont déployés les mouvements féministes des années 70. Nous allons donc nous demander ce qu’il en est des femmes dans le monde tel qu’il est devenu, monde multipolaire, monde de pays émergents, monde de l’après soviétisme, monde de l’après 11 septembre... Quels sont les effets pour les femmes de ces changements géopolitiques ? Mais aussi quels effets pour elles de ce libéralisme qui marchandise tout et tout le monde, de cet étalage de richesse sans cesse croissante mêlée à une pauvreté extrême, de cette folie financière qui est en train de mettre à genoux nations et peuples ? Quels effets aussi de la sortie du communisme et de la manière dont cette sortie s’est effectuée ? Quels effets de ce qui est nommé « le retour du religieux », retour qui s’affirme là encore de façon sans cesse croissante sur la scène internationale, tandis que les affrontements ne se disent plus, à l’instar de celui de la seconde partie du vingtième siècle, en termes idéologico-politiques mais en termes religieux, culturels, de « choc des civilisations » ? Et comment ne pas remarquer que c’est principalement sur la place et le rôle des femmes que se joue le dit « conflit de civilisations » ?

   Il convient en outre de s’interroger sur les effets pour les femmes des politiques de genre conduites par les organisations internationales puisque celles-ci s’exercent depuis 1975, année que l’ONU décréta « année internationale de la femme », au grand dam des féministes qui y voyaient une forme de récupération. On verra que les enjeux géopolitiques ne sont pas sans incidence sur ces politiques. Mais quels sont leurs objectifs ? Visent-elles à produire de l’égalité des sexes, ou seulement à adoucir la condition des femmes ? Sont-elles au service de finalités purement économiques ? La discrimination de sexe n’est-elle pas noyée dans la discrimination sociale et l’égalité des sexes dans la diversité ? D’autre part les femmes ne font-elles pas les frais de la reconnaissance des diversités culturelles ?

 

« Et, et » plutôt que « ou bien, ou bien »

   Quand je pose ainsi la question « quels effets pour les femmes ? », je sais bien que je la formule mal. Les effets ne sont évidemment pas les mêmes pour toutes les femmes ; ils varient selon les pays, la situation économique, l’appartenance culturelle, religieuse. Ils ne sont pas identiques et pourtant, partout, par delà des modalités et des conséquences sur la vie quotidienne différentes, partout les femmes, ou plutôt des femmes, sont aux premières loges de la précarité, de l’exploitation, de l’enfermement dans des tâches liées au sexe, je consens à dire au genre... Mais partout aussi des femmes en premières lignes de luttes, d’innovations, d’inventions. Femmes victimes, oui, mais pas seulement, femmes actrices aussi. J’avance là ce que je considère comme un fil conducteur, non pas le « ou bien, ou bien » mais le « et, et ». Pas d’univocité en effet, plutôt des associations contradictoires : femmes victimes et actrices, sujets et objets, modalités d’oppression et d’émancipation combinées.

   De ces effets, tous, à l’évidence, ne pourront être abordés. Nous avons retenu deux thèmes, deux enjeux : le travail, le corps. Pourquoi ? Ces deux enjeux ont été, sont des fondamentaux du féminisme parce qu’ils concernent toutes les femmes, parce qu’ils conjuguent tous deux égalité et liberté, parce qu’ils sont tous deux sont traversés par la problématique Nord/ Sud. Tous deux aussi sont ambivalents. Le travail comme condition de l’autonomie, de l’indépendance, comme possibilité d’épanouissement mais aussi comme lieu de l’exploitation, de l’aliénation, de la violence... Travail donc comme ce qui libère et ce qui opprime et qui sera ici regardé sous l’angle de sa division internationale, de la place qu’y occupent les femmes, la manière dont ce sont encore, toujours des femmes, mais sans doute pas les mêmes, qui sont assignées au travail du soin, aujourd’hui dit du care, soin domestique, soin aux personnes, enfants, malades, vieillards...

   Un autre des fondamentaux du féminisme, la maîtrise et la libre disposition pour les femmes de leurs corps. Maîtrise de la fécondité comme condition de la liberté, c’est le « notre corps nous-mêmes » des Américaines des années 70, le « notre corps nous appartient » du MLF que nous avons repris comme titre de l’une des séquences. Cet enjeu allait évidemment au delà de la fécondité, et donc de la contraception et de l’avortement, il était, il est le droit à disposer librement de son corps, l’affirmation que cette libre disposition est au fondement de la liberté des femmes. Une libre disposition à laquelle les trois grandes religions monothéistes sont opposées. Il a fallu un long combat pour mettre au pas le christianisme, combat sans cesse à reprendre, comme le montre la récente campagne présidentielle au Brésil où la candidate Dilma Rousseff, aujourd’hui élue, a dû donner des gages, affirmer notamment son hostilité à la légalisation de l’avortement. Un exemple parmi d’autres.

   Quelle est la traduction, dans un monde inégal, de nos anciens mots d’ordre ? A la marchandisation ancestrale, celle de la prostitution, s’ajoutent d’autres commerces du corps des femmes, notamment celui, transnational, de la maternité de substitution, tandis que dans certains pays, tel l’Inde, le développement économique, qui peut profiter aussi aux femmes, s’accompagne de l’élimination des petites filles. Mais en parlant du care ou de la maternité de substitution, on ne peut pas faire l’économie de quelques questions : comment fait-on pour que l’émancipation des unes ne se fasse pas sur le dos des autres, même si à l’évidence ce n’est pas l’émancipation des femmes ou de certaines d’entre elles qui est responsable de l’état du monde ? Autre interrogation : les « vraies » femmes, j’entends sous ce qualificatif le féminin au sens traditionnel, seraient-elles au Sud ?

 

Brouillard et brouillages

  Le titre de ce congrès n’est cependant pas « les femmes à l’épreuve des mutations géopolitiques » mais « le féminisme à l’épreuve des mutations géopolitiques ». Pourquoi ? Parce que si le monde a changé, le féminisme aussi : des thématiques, des objectifs, des enjeux nouveaux sont apparus tandis que des divergences au sein des mouvements féministes se faisaient jour. Comment un mouvement mondial qui vise l’égalité des sexes et la liberté des femmes ne serait-il pas interpellé par les changements du monde ? Mais aussi par les conséquences de ce qu’il dit et ce qu’il fait ? Il y un fonctionnement dans les deux sens : le féminisme provoque des changements et des changements questionnent le féminisme. Si les femmes ont toujours été prises dans des enjeux sociaux, politiques, économiques, sociétaux, culturels, religieux divers et complexes, si elles ont toujours été une monnaie d’échange entre des hommes, des partis, des factions, des Etats, il convient de regarder et d’analyser les modalités actuelles de ce jeu dans un cadre mondial.

   Pour rester un très court moment sur la scène française, nous avons pu observer comment les femmes et le féminisme ont été embarqués – faut-il dire pris en otage ? – dans le calamiteux débat lancé en 2009 par le président de la République et le gouvernement français sur l’identité nationale. N’est-ce pas au nom de l’égalité hommes-femmes qu’Eric Besson, alors ministre de l’immigration, a prétendu porter ce débat, au cours duquel, merci de la bonne nouvelle, nous avons appris que la dite égalité était constitutive de l’identité française ? Nous avons ainsi constaté que ce gouvernement s’adossait au féminisme – même s’il ne prononçait pas le mot – pour masquer – devrais-je dire voiler ! – les motifs de cette affirmation identitaire : reprendre des thèmes remis sur la place publique depuis maintenant un quart de siècle par le Front national, tenter de tirer de cette reprise des bénéfices électoraux, avoir de la dite identité française une conception étroite, exclusive, nationaliste.

Si je récuse cette instrumentalisation du féminisme – ou d’une certaine représentation de celui-ci – par le gouvernement français, je récuse aussi la façon dont d’autres, ceux que ce funeste débat cherche à stigmatiser, instrumentalisent eux aussi les femmes, au nom, disent-ils de la religion musulmane, du moins de la conception qu’ils en ont, en leur donnant une fonction de marquage identitaire, à travers leur visage, leurs cheveux, leur corps, le contrôle de leur conduite, de leur sexualité, Mais peut-être la religion n’est-elle que le prétexte, l’habillage, l’un des visages et des outils de la domination masculine. Double instrumentalisation, à refuser toutes les deux. Sont-elles équivalentes ? Peut-on mettre entre elles un signe égal ? Pour ma part, je m’y refuse. Car les conséquences de l’une sont aujourd’hui moins graves pour les femmes que celles de l’autre, point qui sera aussi traité lors de ce congrès.

   Une remarque toutefois : n’est-ce pas cette façon de mettre un signe égal entre des idées ou des comportements ou des interdits ou des obligations ou des politiques qui ne le sont pas qui provoque brouillard, brouillage et confusion ? Ce fonctionnement idéologico-politique n’est pas nouveau. Qui ne se souvient du parti communiste allemand mettant sur le même plan, dans les années 30, socialistes et nazis au motif que ni l’un ni l’autre ne combattait le capitalisme ? Plus près de nous, cette fois dans la comédie pour ne pas dire la farce, certains mouvements gauchistes, plus précisément maoïste, ne nous expliquaient-ils pas qu’entre le régime pompidolien et le fascisme, la différence n’était pas plus épaisse qu’une feuille de papier à cigarette ! Et encore plus récemment, certains n’affirment-ils pas qu’entre les discriminations subies par les unes et celles subies par d‘autres, la différence est infime. N’est-ce pas ce qui se passe lorsqu’un signe égal est mis entre le string et le voile, lorsqu’il est soutenu qu’entre le voilement du corps des unes et le dévoilement du corps des autres, il n’y a pas grande différence, puisque, dans les deux cas, se joue une manipulation, une instrumentalisation du corps des femmes ? Peut-être. Mais ce qui est vrai aussi et encore plus décisif, c’est que le string n’est nulle part obligatoire et que si personne ne meurt de ne pas le porter, certaines femmes meurent de ne pas porter le voile ou la burka. Certes des femmes meurent en France sous les coups de leurs maris et les violences à l’égard des femmes ne sont l’apanage d’aucun milieu social ou culturel. Cependant est-il possible de mettre un signe égal entre toutes les violences ? Entre celles qui relèvent d’un individu et celles qui relèvent d’une politique qui les encourage et les légitime ?

   Il faut questionner, analyser, dépasser les instrumentalisations diverses. Mais aussi réfuter les confusions diverses, celles qui par exemple confondent émigration et délinquance, cités et machisme, islam et terrorisme. Aussi celles qui confondent laïcité et racisme, laïcité et islamophobie. Le brouillage est encore du côté de celles et ceux qui voudraient nous faire croire que les luttes contre les multiples visages de la domination masculine se font dans l’oubli des autres formes d’oppression, de race ou de classe. Les féministes n’ont-elles pas, depuis longtemps, renversé le propos ? A la place de : pas d’émancipation des femmes sans émancipation économique, politique, nous avons dit : pas d’émancipation économique, politique, sociale etc. sans émancipation des femmes.

   Ne convient-il pas enfin de détricoter toutes les accusations posées à l’encontre du féminisme ? Dans les années 70, les féministes étaient ridiculisées, qualifiées d’ « hystériques », « mal baisées », « gouines », « ennemis du désir et de l’amour »... Ensuite le féminisme devint ringard, une vieillerie dépassée. Depuis quelques années, d’autres accusations sont portées : le féminisme serait occidental, néocolonial, raciste, complice de l’impérialisme. C’est le féminisme qui bombarde l’Irak et l’Afghanistan, le féminisme qui est responsable de la pauvreté des femmes du Sud, le féminisme qui stigmatise les populations ! Ainsi le féminisme n’est plus seulement « bourgeois », vieille antienne contre les suffragettes du 19ème siècle, ou contre celles qui refusaient d’attendre les lendemains qui chantent.

   Faut-il prendre au sérieux ces accusations ? En rangeant le féminisme dans le camp des oppresseurs, en l’arrimant à l’Occident, donc en lui refusant un caractère d’universalité, ne cherche-on pas à affaiblir les femmes qui, partout, et parfois en prenant de grands risques, luttent contre les discriminations et pour leur liberté de femmes ? Ne faut-il pas voir aussi dans ces accusations une manière de faire passer les femmes et leurs luttes au rang de front secondaire ? Ou encore d’occulter qu’entre le public et le privé, les différences ne sont pas si grandes, raison pour laquelle nous avons mis en exergue de ce congrès une citation de Virginia Woolf, extraite de ce magnifique texte Trois guinées écrit en 1938 : « L’univers de la vie privée et celui de la vie publique sont inséparablement liés. Les tyrannies et les servilités de l’un sont aussi les tyrannies et les servilités de l’autre . » Ou encore de taire la valeur universaliste de l’égalité et de la liberté. Et qu’on ne donne pas aux féministes des leçons de critique de l’universalisme. Nous savons bien en effet que ce mot peut être mensonger, que peut être nommé « universel » ce qui n’est que particulier ou partiel, ainsi du suffrage qualifié d’universel alors que les femmes en étaient exclues ! L’universel abstrait, les femmes dans leurs luttes ont su le démasquer.

   Pour autant faut-il abandonner cet enjeu de l’universalité ? Sûrement pas. Je persiste à affirmer que l’égalité et la liberté valent pour toutes (et tous) même si les chemins pour y parvenir sont à l’évidence différents. On nous rebat les oreilles des différences de cultures. Bien sûr il y a des cultures. Bien sûr des différences existent. Mais doivent-elles servir d’alibis aux discriminations à l’égard des femmes ? Aux injustices qui pèsent sur elles ? A leur oppression ? Faut-il transformer ces différences en assignations identitaires ? Et au delà de ces différences, ne faut-il pas mettre l’accent sur ce qui rapproche, et même ce qui unit ? Pour prendre un exemple personnel : je suis allée à plusieurs reprises en Afghanistan. J’y ai rencontré des femmes appartenant en effet à une culture différente. Mais ces différences étaient moins fortes que ce qui m’unissait à ces femmes qui, sous les Talibans, au risque de leur vie et de leur liberté, avaient maintenu dans la clandestinité l’éducation des filles. J’ajoute – et ce n’est pas subsidiaire – que je suis lasse, quant à moi, de l’enfermement des êtres dans des cultures ou des ensembles prétendument homogènes qui fait disparaître les individualités.

 

Une politique féministe

   J’ai le sentiment d’énoncer des évidences. En effet, ce sont des évidences. Pourtant tout indique qu’elles ne le sont pas pour certain(e)s, y compris au sein des mouvements de femmes, y compris du côté de celles qui reprennent à leur compte le mot « féminisme ». Arrivée à ce point de mon propos, je ne peux pas ne pas poser une autre question qui part de la scène française mais qui la dépasse.

   Qu’est-il arrivé au mouvement féministe français pour que deux de ses initiatrices (je ne parle pas de fondatrices car un mouvement comme le MLF ne fonde pas) se retrouvent aujourd’hui en opposition totale sur toutes les questions liées au voile, à la religion, aux alliances politiques, aux enjeux géopolitiques ? Pour l’une , la lutte contre le voile n’est que le masque, l’alibi de l’impérialisme, du néocolonialisme, et pour faire court de l’Occident ; pour l’autre le voile, signe manifeste de l’oppression des femmes et de l’emprise de l’islamisme, justifie toutes les alliances politiques, y compris avec des gens opposés depuis toujours au féminisme et à la liberté des femmes, y compris avec l’extrême droite. Toutes deux s’affirment féministes. A l’une et à l’autre n’est-il pas légitime de demander si au fond, les femmes ne sont pas devenues pour elles un prétexte, pour énoncer d’autres enjeux, pour régler d’autres comptes, et emprunter du même coup, chacune à sa manière, de dangereux chemins avec de dangereux alliés ?

   Je viens d’emprunter un exemple à la scène française mais nous le constatons depuis plusieurs années maintenant, c’est le mouvement féministe dans son ensemble qui est divisé.

   Est-il possible de débrouiller les confusions, les amalgames ? De sortir des accusations et intimidations réciproques ? De tenter d’y voir un peu plus clair, ce qui ne signifie pas éliminer les désaccords. Je l’ai dit d’emblée : les désaccords et leur confrontation peuvent être fructueux. Et je ne vois pas pourquoi il ne devrait pas y avoir des désaccords et des divergences entre féministes. Ce que je mets en question, c’est le goût des positions simples, des analyses trop simplistes. Que la conscience de la complexité empêche l’action, je ne le crois pas. C’est la simplicité qui empêche l’action, ou plutôt commande des actions mauvaises, inadaptées, non efficaces. La simplicité mène à l’agitation et on le voit bien en France où un président de la République s’agite beaucoup mais agit peu.

   Or la réponse à l’une des questions qui sous-tend ce congrès - Qu’est-ce qu’une politique féministe aujourd’hui ?- ne peut pas être simple. Il faut en effet cerner les différentes oppressions et les différents chemins pour les battre en brèche, comprendre ce qui toujours résiste, toujours fait obstacle, donnant ainsi parfois le sentiment d’une répétition, presque d’un rabâchage des mêmes dénonciations et des mêmes revendications, sortir d’une vision binaire de la réalité, tenir plusieurs bouts en même temps, pour dire ce que signifie dans le monde d’aujourd’hui égalité des sexes et liberté des femmes, de toutes les femmes.

   Un mot encore pour conclure cette ouverture : c’est après avoir assisté à un congrès féministe international que Marguerite Durand fonda le quotidien La fronde. De ce congrès dont la tenue est en soi un petit événement, j’ignore ce qui sortira. Un quotidien ? C’est peu probable. Mais un site internet, un réseau, un think tank, pour une stratégie féministe, une politique féministe, pourquoi pas? 

 

 

 

Françoise Picq

Le féminisme : quarante ans de changements

En ce temps là la vie était plus belle,

et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui !

paroles: Jacques Prévert
musique: Joseph Kosma

 

 

Quarante ans c’est bien l’âge des bilans. Et puisque nous avons décidé de célébrer les quarante ans du MLF, l’occasion de revenir sur ce qu’a été le mouvement des femmes ; de le regarder  avec le recul, comme phénomène historique international, avec ses particularités nationales.  De rappeler les espoirs qu’il a portés, les changements qu’il a impulsés dans la vie des femmes, dans les rapports entre les femmes et les hommes. De voir comment il a changé les représentations, les modèles sociaux… Et de l’autre côté, de souligner les obstacles qu’il a rencontrés, les écueils dans lesquels il est tombé.

Tout au long de cette année 2010, de nombreux colloques ont fait revivre cette histoire : Il y a eu le Colloque international d’ « Archives du féminisme » du 20 au 23 mai à Angers : « les féministes de la 2° vague, actrices du changement social[1]. » Il y a eu le 5 juin celui de l’Institut Emilie du Châtelet : « Quarante ans de pratiques féministes en Ile de France » ; le 25 septembre celui du Collectif national pour les Droits des femmes (CNDF) : « Faire et écrire l’histoire : féminisme et lutte de classes de 1970 à nos jours » ; les 23 et 24 octobre le colloque de la Coordination lesbienne de France (CLF) : « Mouvement des lesbiennes, lesbiennes en mouvement ». Chacun d’entre eux a remémoré l’histoire et les problématiques des différents courants d’un mouvement des femmes qui était divers et contradictoire.  Il y a eu le 18 novembre la réunion, à l’initiative du réseau féministe Ruptures : « Les engagements féministes face aux intégrismes et aux pouvoirs politico-religieux : solidarités, acquis et limites. » Et je n’oublie pas les rencontres et débats autour du cinéma et de la vidéo (« Quand les femmes s’emparent de la caméra » au Forum des images du 11 au 14 mars), ni les expositions, projections et débats au FIAP Jean Monnet de septembre à novembre[2].

L’objectif du congrès féministe international : « Le féminisme à l’épreuve des mutations géopolitiques » est de prendre en compte les grands changements du monde depuis la belle époque du MLF et d’y confronter la pensée féministe. Pour avancer dans la reconstruction d’enjeux féministes par rapport au monde tel qu’il est devenu. Pour redéfinir les bases politiques du féminisme aujourd’hui.

En ce temps là la vie était plus belle, et les choses étaient plus claires. Le féminisme nous fournissait une grille de lecture du monde où nous vivions. Mais ce qui paraissait évident aux féministes des années soixante-dix les amène aujourd’hui à des positions radicalement opposées, au nom du même féminisme. Les ruptures que nous avons effectuées ont connu des prolongements beaucoup plus problématiques. Dans un contexte de libéralisme et de marchandisation à outrance, l’affirmation de la liberté peut déboucher sur des choix qui sont en contradiction avec le projet d’émancipation de l’individu. Quant à la revendication de l’égalité, on verra qu’elle n’est pas sans risque pour les acquis de nos luttes. On peut aussi se demander si le radicalisme que nous affichions fièrement, n’a pas conduit à une fuite en avant et à des dérives sectaires.

 

« Le monde change ! Pourquoi pas nous ? »

Le MLF était l’enfant de Simone de Beauvoir et de Mai 68. Notre génération politique a été formée dans la lutte contre la guerre d’Algérie, puis contre la guerre du Viêt-Nam, avec aussi en toile de fond la lutte des Noirs américains qui nous a légué le modèle de la non-mixité. En héritier rebelle du mouvement de 68, il a prolongé les conceptions politiques  et les aspirations libertaires de celui-ci.  Notamment en politisant les questions de la vie personnelle.  « Tout est politique ! » est devenu « Le personnel est aussi politique ». Et c’est en faisant sécession par rapport aux groupes militants dont il était issu que le mouvement des femmes a pu exister. Le MLF faisait une critique féministe du gauchisme (qui dédaignait les problèmes des femmes et reproduisait en son sein ce qu’il dénonçait par ailleurs : la hiérarchie, la division sexuelle du travail militant (les hommes au micro, les femmes à la ronéo), la supériorité des spécialistes/ théoriciens (sur ceux/celles qui connaissent l'oppression parce qu'ils/elles la vivent).

Le MLF a posé la nécessité d'être soi-même l'objet de sa propre lutte et affirmé qu'il n'y a pas d'autre savoir sur l'oppression que celui de son propre  vécu. La lutte de chacune pour sa propre libération coïncidait avec la lutte commune pour la libération de toutes. Nous avons inventé une nouvelle façon de militer, en articulant l'individuel et le collectif, où le projet révolutionnaire n'était plus un objectif, mais un processus en œuvre.  Et ce n’était pas un projet catégoriel, puisque, nous le proclamions : « En se libérant les femmes libéreront l’humanité toute entière ». Le MLF a porté le flambeau de 68 et des valeurs collectives longtemps après que le mouvement social dont elles venaient ait pratiquement disparu.

En ce temps là, le marxisme était le moyen d’analyser la société, bourgeoise et patriarcale, et de mettre au jour l’envers du libéralisme. C’était aussi le moyen de comprendre la situation des femmes en termes sociologiques, donc de rompre avec l’idéologie naturaliste, comme d’ailleurs l’avait fait Simone de Beauvoir. Pour autant nous refusions que la question des femmes soit considérée comme secondaire  et renvoyée aux lendemains qui chanteraient. Il ne s’agissait pas de substituer la lutte des femmes à la lutte des classes, mais de ne pas subordonner l’une à l’autre.

En ce temps là, être féministe c’était affirmer qu’il y a une solidarité entre les femmes, par-dessus les différences de classe et que les rapports entre les hommes et les femmes sont aussi des rapports sociaux. Qu’il n'y a pas un groupe social qui soit à lui seul porteur de la révolution, mais que chaque groupe social doit choisir ses enjeux et ses moyens de lutte. C’est ainsi que le féminisme a imposé une vision plus complexe de la société et de ses diverses contradictions. Il refusait que les femmes fassent les frais des autres contradictions. Par exemple qu’elles aient à supporter le viol, au prétexte de la misère sexuelle des jeunes hommes (notamment immigrés) ou parce qu’il ne fallait pas en appeler à la justice bourgeoise. Ou encore qu’il soit interdit de dénoncer des oppressions spécifiques,  au nom du respect des « différences culturelles », (cela a été le cas pour l’excision ou encore pour le soutien aux féministes iraniennes qui refusaient le voile en 1979). 

En ce temps là, nous n’acceptions pas que les femmes soient accusées de diviser le prolétariat, ou de faire le jeu des racistes, comme si on ne pouvait dénoncer qu’une oppression à la fois.

En ce temps là, les divisions du monde étaient relativement claires. Il y avait deux blocs  en compétition, qui maintenaient un certain équilibre de la terreur, et puis le Tiers Monde qui cherchait à s’émanciper. Le féminisme était évidemment du côté de la contestation, des révoltes, des luttes de libération nationales : anticapitaliste, anticolonialiste, anti-impérialiste, mais pas pour autant rallié au bloc de l’Est. 

Les choses ont commencé à changer à la fin des années 1970. C’était le temps des grandes victoires (le vote de la loi Veil en 1975, la victoire idéologique : les thèmes, les mots d'ordre, les analyses féministes repris dans médias, récupérés par institutions nationales et internationales, pris en compte par les politiques, les partis, les syndicats) ; mais  c’était aussi le début de la crise. Crise économique, crise des valeurs, crise des idéologies ; c’était le temps du désenchantement révolutionnaire.

Le mouvement des femmes a connu un reflux dans tous les pays ; plus ou moins violent ou sournois selon les cas. Aux Etats-Unis, la nouvelle droite sous l'ère Reagan remettait en cause les acquis. Ailleurs comme en France ceux-ci étaient moins menacés. Mais les féministes étaient dénigrées, ringardisées, tandis que la  société « patriarcale » digérait le féminisme et s’adaptait.  Diffusion et Récupération ; institutionnalisation du féminisme ; grignotage et délégitimation. Les années 1980 furent celles de la défense des acquis et des mobilisations contre le racisme et l’extrême droite (collectif féministe contre le racisme, comité homosexuel et lesbien antifasciste, CADAC – Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception-, collectif féministe contre le viol…[3]).  Le mouvement féministe a peu pensé le choc des mutations géopolitiques des années 80 et 90. Quand l’impérialisme américain a  été vaincu au Viêt-Nam, le socialisme réel n’a plus montré que son visage inhumain, du goulag à Phnom Penh et à Ho Chi Minh-ville. Alors le rejet du totalitarisme a entraîné la victoire idéologique du libéralisme.

Le premier choc politique a été la révolution khomeyniste en Iran, qui bouleversait nos schémas. C’était un mouvement populaire, anti-impérialiste qui renversait le shah, mais qui le faisait au nom de la religion et qui renvoyait les femmes à la tradition. Ensuite il y a eu  1989 et la chute du mur de Berlin. Les féministes, comme l’extrême gauche, avaient dénoncé la perversion de l’idéal socialiste et soutenu les dissidents (et les dissidentes). Mais ce qui a triomphé c’est le libéralisme et le marché, auxquels les peuples d’Europe de l’Est se sont ralliés dans l’enthousiasme, en dédaignant les critiques de gauche qui avaient lancé la révolte populaire. Nous n’avons pas assez mesuré à quel point la disparition de l’ennemi allait faire perdre toute retenue au capitalisme triomphant (dérégulations, retrait de l’Etat, abandon des services publics, domination du capitalisme financier, néo-libéralisme : tout devient marchandise. On est revenu à l’époque de la « grande transformation » de Karl Polanyi[4].

Dans les analyses politiques qui sont faites de ces bouleversements, jamais la dimension du féminisme et la question des femmes ne sont envisagées. Il y a pourtant là un éclairage indispensable. Mais c’est bien à nous de le proposer.

Le coup de tonnerre du 11 septembre 2001 a mis en lumière une nouvelle division du monde, dont les lignes de fractures ne sont plus celles de la guerre froide. L’islamisme s’est substitué au communisme comme antithèse au monde « libre ». La religion est revenue sur le devant de la scène politique, comme explication d’un conflit mondial. Et les femmes sont devenues un enjeu dans la lutte entre modernité occidentale et tradition obscurantiste. L’occident libéral est à nouveau violemment rejeté : dans sa dimension impérialiste, de domination de l’argent ; mais aussi par refus de la modernité, en particulier de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la liberté individuelle. Cela pose un défi au féminisme qui est d’abord une aspiration à l’émancipation des individu-e-s. Le contexte géopolitique actuel nous oblige à reconsidérer, avec un point de vue féministe, les grandes questions politiques, les grands principes démocratiques. A repenser la question de la modernité dans ses différentes composantes : la laïcité, le libéralisme, la tension entre liberté et égalité. Et aussi celle de l’universalisme et de la différence des sexes. 

 

Sur la modernité :

Le communisme prétendait dépasser l’Occident en modernité et réaliser l’idéal d’émancipation. Il ne reniait ni le matérialisme, ni la sécularisation du politique. La religion était « l’opium du peuple », et le communisme voulait substituer à l’espérance de salut éternel un projet de « salut terrestre ». En ce qui concerne les femmes, il  prétendait à une libération véritable. L’islamisme au contraire voit la modernité comme un blasphème et veut remettre les femmes à leur place traditionnelle, au nom d’une loi supérieure à celles des humains.

Cela nous incite à regarder autrement le post-modernisme, qui a été à la mode dans une tendance avancée du féminisme (plus d’ailleurs dans les pays anglo-saxons qu’en France, bien qu’on appelle cela « French theory »). Le post-modernisme se voulait subversif en contestant le progrès, l’universalisme, en proclamant la mort du sujet et des identités collectives. Il marquait une rupture avec le féminisme existentialiste  de Simone de Beauvoir, dont l’objectif était la réalisation de soi comme sujet. Et tout autant une rupture avec le projet collectif du féminisme des années soixante-dix.  

 

Sur la laïcité :

Le retour du religieux n’a pas attendu le 11 septembre 2001. L’offensive est venue d’abord du Vatican et clairement contre la liberté des femmes de disposer de leur corps.  La Conférence mondiale sur la famille en 1984 a marqué un tournant, orchestré par le pape Jean-Paul II, qui a aussi joué un rôle important dans la chute du communisme. Le féminisme, en France, a toujours eu partie liée avec le combat laïc et républicain,  même s’il a dû se battre pour y avoir une place. Et l’émancipation des femmes est intimement liée aux conquêtes laïques : par l’école publique, gratuite, laïque et obligatoire ; par le divorce (Loi Naquet, 1884), le mariage n’est plus un sacrement, indissoluble, mais un contrat entre deux individus.

 Dans les années 1970 le féminisme n’a pas toujours été perçu comme un combat laïc, tellement la laïcité  allait de soi, entre le consensus républicain  et la domination idéologique du marxisme. Mais le droit à l’avortement et à la contraception, a bien été une conquête laïque contre les morales et pouvoirs religieux[5]. Les camps qui se sont dessinés pour ou contre le droit à l’avortement étaient clairement structurés autour de la religion catholique. Nous avons trouvé des alliés parce que notre lutte s’inscrivait dans les conflits traditionnels entre les « deux France » ; défense de la laïcité et de la liberté individuelle contre l’emprise de la religion et l’ordre moral. Avec la « croisade » anti-avortement du Vatican, les choses sont devenues claires. Aujourd’hui, l’avortement (avec le préservatif et l’homosexualité) est le marqueur de l’opposition entre catholicité et laïcité. En Europe où l’Irlande, la Pologne, Malte interdisent toujours l’avortement. Mais aussi en Amérique latine où même la gauche, de gré ou de force, a dû souscrire à la « défense de la vie ». 

La question de la laïcité se pose aujourd’hui de façon nouvelle avec la question du voile islamique, qui est le signe ostensible du refus du modèle de l’intégration et de la liberté individuelle de la femme. S’interroger sur l’actualité de la laïcité et de sa définition du pacte social, c’est nécessairement voir la question des femmes au cœur de l’organisation de la vie sociale. Parce qu’elle interroge la distinction du privé et du public, et la confrontation entre normes religieuses et laïques dans des sociétés multiculturelles. Le féminisme se divise à ce sujet, à cause de l’entrecroisement avec l’antiracisme. Une ligne de fracture divise les féministes, comme d’ailleurs elle divise d’autres courants politiques (à l’extrême gauche, chez les écologistes ou les altermondialistes..). D’un côté il y a celles (et ceux) pour qui la priorité reste la lutte contre l’impérialisme, qui peuvent tolérer des pratiques sexistes au nom du « relativisme culturel », et des alliances douteuses  au nom de l’antiracisme. De l’autre côté il y a celles (et ceux) pour qui le danger principal est le totalitarisme. Ceux/celles là (dont je suis) peuvent critiquer le modèle occidental ; mais ne peuvent pas rejeter en bloc le libéralisme.

 

Libéralisme, question complexe

En France le libéralisme a mauvaise presse. On le rejette en bloc. N’y voyant que le désengagement de l’Etat, la soumission à la loi des marchés. C’est pourquoi le non l’a emporté au référendum européen. Nombreuses sont les féministes qui ont voté non, malgré la démarche communautaire de construction de l’égalité entre les femmes et les hommes. Il est vrai que dans le monde hyper-libéral d’aujourd’hui les inégalités sociales explosent, entre les classes sociales, mais encore plus à l’échelle mondiale.

Que signifie la liberté quand tout est devenu marchandise, négociable, soumis à la loi de l’offre et de la demande ? Ou encore quand c’est la liberté de se soumettre qui est revendiquée, au nom d’une norme supérieure à celle du libre-arbitre ?  Que ce soit à propos du voile islamique, de la prostitution, des mères porteuses…, c’est toujours la liberté qui est mise en avant. De la même façon qu’à la Libération l’idéologie du « libre choix » avait permis la mise à l’écart des femmes du marché du travail. La liberté de disposer de son corps aujourd’hui deviendrait celle de le vendre ! La liberté n’est pas une valeur absolue, comme l’histoire l’a bien souvent montré..

N’empêche que le libéralisme comporte plusieurs dimensions, qui sont à la fois  liées et contradictoires. Il me semble important, d’un point de vue féministe, de les décomposer, car toutes ne doivent pas être traitées de la même façon. La dimension économique du libéralisme est aujourd’hui la plus visible. C’est le triomphe du capitalisme, la dérégulation de l’économie, la remise en question de l’Etat-providence et des solidarités sociales. Il faut bien sûr le combattre. Mais avec quel objectif ?  Le projet de lui substituer un autre mode de production et d’échange est bien enterré. Reste la nécessité impérieuse de résister, d’opposer aux lois du marché d’autres règles. De les contrecarrer au nom d’autres principes supérieurs. De remettre l’économie à sa place.

Dans sa dimension politique, le libéralisme est le système qui fonde les démocraties occidentales : l’Etat de droit, la séparation des pouvoirs, la démocratie représentative, avec ses limites, ses règles d’équilibre, ses contre-pouvoirs. C’est la République, qui distingue entre ce qui est public : Res publica, et ce qui échappe à la règle collective : le privé. Insatisfaisant certainement, le libéralisme politique est une garantie contre le totalitarisme. On peut le critiquer, le mettre en question ; mais certainement pas y renoncer. Le MLF n’avait pas craint de mettre en cause la distinction du privé et du public, avec un succès certain, mais aussi bien des dérives[6].  Nous étions assez optimistes en ce temps-là pour prendre de tels risques. 

Il y a aussi la dimension culturelle du libéralisme, si importante en ce temps-là et si oubliée aujourd’hui[7]. C’est pourtant elle qui a fait la richesse des années 1968. L’affirmation de la liberté et de l’épanouissement de l’individu contre la morale du devoir et le respect inconditionnel de la tradition et de l’autorité. C’est dans ces aspirations-là que le féminisme a pris sa source et défini ses exigences : le droit des femmes à disposer de leur corps, le choix de sa sexualité, la primauté de la liberté individuelle sur l’ordre moral. Concevoir le féminisme sans cette dimension du libéralisme culturel relève certainement du paradoxe[8] . Il me semble donc que le libéralisme est une notion trop complexe pour qu’on puisse le revendiquer ou le récuser en bloc.  

 

Universalisme et différence des sexes

En ce temps là, la complexité se disait en peu de mots. Le choix de l’universalisme contre le particularisme n’obligeait pas à occulter toute spécificité. Il suffisait de souligner qu’ « Un homme sur deux est une femme » pour tenir par les deux bouts l’universel et le particulier : l’appartenance au genre humain et  l’identité de genre.

Avec Simone de Beauvoir, le MLF considérait la féminité comme « une construction culturelle et non une donnée naturelle ». Cela ne l’empêchait pas de se mobiliser pour des droits spécifiques. La « libre disposition de son corps » était l’exigence première pour construire son autonomie ;  l’Habeas corpus  des femmes, comme dit Geneviève Fraisse. Avec le temps, avec les conflits et la rupture du MLF, les positions se sont figées en oppositions. Certaines ont privilégié la spécificité, célébrant « Ce qui fait la force, la jouissance des femmes : produire de la vie ! ». D’autres n’ont plus voulu voir dans la différence des sexes que le résultat de l’oppression et des rapports sociaux, puisque « Le genre précède le sexe ».  Par phobie du modèle hétérosexuel et de la complémentarité, le féminisme radical a dès lors fait l’impasse sur la question de la maternité, oubliant qu’elle est un enjeu primordial du patriarcat.  Il a préféré mettre l’accent sur la subversion des identités sexuelles,  le brouillage des catégories de sexe et des identifications masculines et féminines. Cette démarche de déconstruction / reconstruction, que le féminisme avait impulsée, a été prolongée par les mouvements gays et lesbiens, et p

ar la théorie queer.  On déconstruit le sujet « les femmes » ; on nie sa pertinence du fait de son entrecroisement avec les autres rapports de domination. Ce qui aboutit là encore à un paradoxe : quel peut être le projet féministe sans les catégories d’homme et de femme[9]

Le soutien, aussi nécessaire que légitime, aux revendications des homosexuels utilise parfois une argumentation dangereuse pour les droits des femmes. Au nom de l’égalité entre les sexes et entre les sexualités, certain-e-s contestent la « différence des sexes » jusque dans l'ordre de la parentalité et de la filiation. Ils/elles dénoncent le pouvoir abusif des mères, non seulement concernant les enfants du divorce ; mais aussi par rapport au droit à l’interruption de grossesse[10]. On peut certainement participer à la lutte contre les discriminations à l'égard des homosexuel-le-s, notamment en ce qui concerne la garde des enfants du divorce ou l'adoption, soutenir les revendications des couples homosexuels à se marier s’ils le souhaitent[11], et à former une famille, sans pour autant remettre en question la prééminence des femmes concernant leur propre grossesse. Le droit des femmes à disposer de leur corps est un acquis fragile du féminisme. 

D’un côté l’identité de genre est niée, d’un autre c’est l’universalisme qui est contesté. Celui-ci, et le féminisme qui lui est lié, ne seraient que le masque de la domination occidentale.  Le Black feminism [12] dénonce le racisme inconscient des féministes blanches. Les féministes « postcoloniales » accusent les occidentales d’imposer leur vision du féminisme, leurs concepts et leur projet politique comme universels[13], alors qu’ils sont ancrés dans la modernité occidentale.  Certaines soulignent que le droit à l’avortement, la libération sexuelle, ne sont pas l’objectif principal pour toutes les féministes du monde. Le ressentiment des femmes noires et du tiers monde s’exprime dans les Conférences mondiales. Lui fait écho celui de femmes de  l’Europe postcommuniste. A l’universalisme, on oppose alors la diversité des féminismes. 

C’est une parole qu’il faut entendre, certes. Mais sans oublier les risques d’un abandon de l’universalisme au profit d’une vision relativiste des cultures et d’une politique de l’identité.   Le respect des cultures dans leur diversité ne signifie pas qu’il faille les considérer comme équivalentes. Comme le disaient déjà Fourier et Marx, le degré de civilisation des sociétés se mesure à la place qu’elles accordent aux femmes. Il faut aussi se méfier du relativisme qui enferme les femmes dans leur culture d’origine, leur interdisant  toute dissidence ; alors qu’il y a toujours parmi les femmes concernées des points de vue radicalement opposés. On a vu des femmes africaines défendre l’excision comme une partie de leur culture ; mais bien d’autres combattre cette pratique patriarcale dangereuse et mutilante.  Certaines jeunes filles musulmanes considèrent sans doute la loi française interdisant les signes religieux ostensibles à l’école comme une atteinte à leur liberté religieuse ; mais beaucoup d’autres la voient comme une protection. C’est celles-ci, surtout, que les féministes universalistes doivent soutenir. 

La contestation de l’universalisme au nom de la diversité des féminismes rejoint la critique « post-moderniste », qui remet en question le modèle issu des Lumières et la centralité du sujet. Elle reçoit aussi le soutien d’un courant féministe qui, par préférence pour le radicalisme, cherche à fédérer les positions dissidentes dans les controverses actuelles (prostitution, voile islamique, laïcité) pour mieux s’opposer à ce qui serait un féminisme blanc, dominant, institutionnalisé. Le débat a son intérêt, mais il comporte un risque par les polémiques destructrices qui l’accompagnent[14].

 


[1]  Dont les Actes vont être publiés, sous la direction de Christine Bard, aux Presses universitaires de Rennes.

[2]  Et aussi tout le reste : expositions de photos, manifestations symboliques ou plus revendicatives, fêtes…  Voir le blog : http://re-belles.over-blog.com/

[3] Monique Dental, Claudie Lesselier, Marie-Josée Salmon, Groupe transversal Laïcité, « Luttes féministes contre les intégrismes et les pouvoirs politico-religieux et pour la laïcité en France de 1989 à 2009, Chronologie », octobre 2010.

[4] Karl Polanyi dénonçait en 1944 la société de marché, c'est-à-dire la société gérée en tant qu’auxiliaire du marché, où  le travail, la terre et la monnaie sont soumis à la loi de l’offre et de la demande, comme n’importe quelle marchandise, et qui est à l’origine des catastrophes du début du XX° siècle (Grande dépression, nazisme, fascisme, seconde guerre mondiale). Il pensait alors assister à la fin de ce système qui avait entraîné un « véritable abîme de dégradation humaine ».  La grande transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, (Editions Gallimard, 1983).

[5] Voir les affiches et slogans féministes qui déniaient au « pape qui n’en a jamais eu », le droit de « décider du nombre de nos enfants » (MLF, Textes premiers, Stock 2009, p. 170-171).

[6] L.Kandel, « Du politique au personnel : le prix d’une illusion », in GEF Paris7 Crises de la société, féminisme et changement, (Revue d’en face-Editions Tierce, 1991) ; F.Picq, "Le personnel est politique", Féminisme et for intérieur", in C.U.R.A.P.P, Le For intérieur, P.U.F, 1995.

[7] Voir Le libéralisme culturel face au nouvel ordre moral, Intervention, n°17, juil./Août/Sept1986

[8] Le collectif « féministes partout » se réclame de ce « féminisme paradoxal»  qui voit l’émancipation comme une injonction du féminisme dominant, néo-colonial. (Collectif Féministes partout, Paris mars 2010,  http://feministespartout.blogspot.com/

[9] F.Picq, « Vous avez dit queer ?, la question de l’identité et le féminisme », Réfraction, n°24, « des féminismes en veux-tu, en voilà ! », mai 2010.

[10] Voir Monique Boireau-Rouillé, « A propos du féminisme pseudo-libertaire de M.Iacub », Réfraction, n° 24

[11] Même si en ce temps là, ce n’était pas notre idéal de libération. Je n’entre pas dans le débat sur les mères porteuses, trop compliqué pour être traité en quelques mots.

[12] Black feminism, anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, Elsa Dorlin, L’Harmattan, Bibliothèque du fémisme, 2008.

[13] Cheryl Mc Ewan, « Féminisme « occidental » et autres féminismes : politique postcoloniale et transversale », in Université des femmes, Diversité des féminismes, Bruxelles, 2008.

[14] D’ailleurs le message des « printemps arabes » n’est-il pas que la liberté, la démocratie sont des  aspirations universelles.

Partager cette page

Published by

Discussions, Rencontres, Colloques

 

 

 

/ séminaire

« VIDÉO DES PREMIERS TEMPS »

dont l'Association Carole Roussopoulos est partenaire et qui s'intéressera cette année aux

« Politiques de la vidéo : revendication d'autonomie et inscription institutionnelle ».    

Le séminaire aura lieu un lundi par mois, entre 17h30 et 20h, à la BnF, site Richelieu, en salle des commissions (5 rue Vivienne, 75002 Paris – Rez-de-chaussée – Métro : Bourse, Pyramides ou Palais-Royal).

 

 

/ séminaire

TRAVELLING FEMINISTE 

"PENSÉES ET USAGES CRITIQUES DES IMAGES"

Travelling Féministe est un laboratoire de recherche et d'expérimentation sur les usages féministes, queer, postcoloniaux des archives audiovisuelles, travaillant autour des ressources du Centre audiovisuel Simone de Beauvoir, fondé en 1982 par Carole Roussopoulos, Delphine Seyrig et Ioana Wieder.

programme en attente 

 

IEC-coll-pratiques-5juin-prog

 

 

http://www.institutemilieduchatelet.org/

 

 

/ Cycle de conférences : « Quarante ans de recherches sur les femmes, le sexe et le genre »

 

/ Séminaire Sexe et Genre : pour un dialogue interdisciplinaire au carrefour des sciences de la vie et des sciences humaines 

 

/ Le Café de l’Institut Émilie du Châtelet

18h30 à 20h30 : Jardin des Plantes, Restaurant La Baleine, 47 rue Cuvier 75005 Paris

    

/ Conférence 

 

/ Assises de l'IEC 2012  


/ Colloque 

 

/ Journée Jeune recherche
de l’Institut Émilie du Châtelet

 

http://www.institutemilieduchatelet.org/

 

>

 

 

les-causeries-presidentielles-copie-1.jpg

 

Le Centre Hubertine Auclert

Centre francilien de ressources pour l'égalité femmes-hommes
7 impasse Milord, 75018 Paris

Centre de ressources

Causeries

Séminaires

Agendas/Actualités…

http://www.centre-hubertine-auclert.fr/

 

 

 

>

 

 

aa3cf053333049baa9cf52a39df980d7-CCP_IMG_145xAUTO.jpg

 

 

 

> 

Catégories

/ ACTUS / OPINIONS /

 

MANIFS / ACTIONS         

 

Le 8 mars c'est toute l'année!


 

 

 

 

 

 

 

credit-sarah-vermande.jpg

 

Figaro, ici, Figaro, là, Figaro en haut, et Figaro en bas !

 

Ce n’est pas le fameux air du Barbier de Séville,  mais la présentation tout aussi virile de la saison 2013-2014 de l’Opéra de Paris, que 10 activistes de la Barbe ont brièvement interrompue aujourd’hui.
Pour ne prendre que les opéras, sur 19 oeuvres programmées, 19 compositeurs, 19 virils librettistes, 19 metteurs en scène, et, 18 chefs d'orchestre masculins sur 19.
Depuis là scène où elles avaient rejoint Mr Christophe Ghristi directeur de la dramaturgie et la directrice du Ballet sortante Mme  Brigitte Lefevre (bientôt remplacée par Mr Benjamin Millepied), les barbues se sont félicitées de la bonne tenue virile du programme:
« Comme Rodolphe sut sacrifier Mimi à son art, de même vous savez faire place nette et ne laisser que le mâle talent s’exprimer et s’épanouir lorsqu’il s’agit de diriger.  A la baguette comme à la tête de votre noble établissement. "Riez" donc Messieurs – à l’instar de  la Marguerite de Faust - "de vous voir si beaux en ce miroir" que vous tend La Barbe".
 "à part Werther, les femmes sont pourtant à l 'honneur dans le répertoire" a bravement tenté Mr Ghristi alors que les barbues regagnaient les coulisses guidées par le service d'ordre.

Quelques chiffres :
 
Saison 2013-2014 de l’Opéra de Paris
    •    Opéras (sur 19) : 19 hommes compositeurs / 19 hommes librettistes / 19 hommes metteurs en scène / 18 hommes chefs d'orchestre
    •    Ballets (sur 19) : 19 hommes compositeurs / 15 hommes chorégraphes
    •    Concerts symphoniques (sur 8) : 8 hommes compositeurs / 8 chefs d’orchestre
 
Chiffres Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, 2012 :
    •    96% des opéras sont dirigés par des hommes
    •    70% des centres chorégraphiques nationaux sont dirigés par des hommes
    •    85% des centres dramatiques nationaux sont dirigés par des hommes
    •    95% des concerts sont dirigés par des hommes 

 

www.labarbelabarbe.org

 

labarbelabarbe@gmail.com


fb : groupe d’action féministe la barbe
tw : @labarbelabarbe

 

3f632f4ae2.jpg

DR-Simone de Beauvoir et Alice Schwarzer

 

 

OPINIONS                         

L'écho des actes

Dans le feu de l’action, il arrive que les actes dépassent la pensée. Évaluer la portée des événements et des actions entreprises pour leur répondre, prendre son temps, préciser son opinion. : autant de moyens de sortir de l’urgence de l’actualité pour s’éclaircir les idées.

+ ici > • Ne pas aller place des Vosges !  

 

INTERNATIONAL              

Yabiladies le magazine des maghrébines

  ici > http://www.yabiladies.com/articles/details/9448/femmes-arabes-annees-lumieres-liberte.html

 http://www.yabiladies.com/

Le plus.Nouvelobs

Révolutions arabes : la démocratie, incompatible avec le droit des femmes ?

Réminiscence de notre propre histoire, les révolutions arabes ?

Geneviève Fraisse nous livre son analyse :

 ici > http://leplus.nouvelobs.com/contribution/210393;revolutions-arabes-la-democratie-incompatible-avec-le-droit-des-femmes.html

Sur Radio Canada 

 ici > le-feminisme-musulman-nexiste-pas-Wassyla Tamzali 

  Toutes les vidéos du Congrès du 2, 3 et 4 déc 2010

 ici >  Le congrès international féministe 2010

 

MÉDIAS                                

> EGALITÉ-info

les femmes et les hommes font l'info

> Un nouveau blog

Feministes en tous genres

qui publie des entretiens et des articles sur le genre et la sexualité 

http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/

 > Une nouvelle émission

sur France Inter consacrée aux femmes

Désormais tous les vendredi à 9h

Les femmes, toute une histoire-F-Inter-dim16h-17h

 Présentée par Stéphanie Duncan

LES NOUVELLES news • , l'autre genre d'info

 

En marge du 6 octobre 1979

Le mouvement féministe d’après 68 en France est une histoire atypique et houleuse qui a laissé des traces… Pour moi, encore aujourd’hui, écrire en majuscules “MLF“ est une épreuve, une émotion et une interrogation. 

Pour comprendre, il faut revenir à la journée du 6 octobre 1979. Une Marche des Femmes est prévue pour que la loi Veil de 75, légalisant provisoirement l’avortement, soit confirmée lors de sa révision, prévue à la session parlementaire de l’automne 79. 

Boulevard Raspail (?), à l’heure dite, la foule des femmes est impressionnante et quand la manifestation a démarré nous sommes 40 à 50.000. Nous n’avions jamais vu ça. Je savais que des collègues à moi, instits. en Seine-Saint-Denis, avaient prévu de venir… Mais là, ces milliers de femmes de tous horizons, c’était le bonheur d’un aboutissement : “toutes les femmes“, sans drapeaux ni signes distinctifs. Elles sont dans la rue pour leur Liberté.

Mais voilà que des galopades bizarres se font sur les côtés. Un petit groupe habillé en vert et blanc. Certaines portent d’immenses lettres M, L, F, vertes aussi, d’autres distribuent des tracts, elles tentent de prendre la tête de la manifestation sans y parvenir, ouf ! C’est Psyképo pour les initiées ; le groupe psychanalyse et politique, librairie des femmes, éditions des femmes, Antoinette et ses groupies, on a l’habitude… Si ce n’est que… 

...Quelques jours plus tard nous apprenons que “Mouvement de Libération des Femmes – MLF“ a été déposé comme marque commerciale à l’Institut National de la Propriété Industrielle. 

Les tentatives d’Antoinette Fouque pour s’approprier le mouvement des "femmes" et du même coup de "les" déposséder de ce qu'"elles" viennent de conquérir ont commencé bien avant l’automne 1979 et continuent encore aujourd’hui. La dernière offensive était en octobre dernier. Pour en connaître les détails, les méthodes et les déjouer, vous pouvez lire les articles parus dans la presse nationale du mois d’octobre 2008.