Vient de paraître en librairies
Mouvement de Libération
des Femmes :
textes premiers
Textes réunis et présentés par Cathy Bernheim, Liliane Kandel, Françoise Picq et Nadja Ringart.
Editions Stock, décembre 2009.
Voici donc des textes “premiers”. Ou plus exactement, quelques textes et documents parmi les premiers qui ont pu être lus en France, dans les années 1970, à propos de la libération des femmes.
Premiers, comme on a cru pouvoir dire des arts : ceux qui vinrent à l’aube. Porteurs de questions inédites pour donner à voir cette histoire émergente, une histoire qui se fait dans ses premiers moments, dans ses premiers débats.
Premiers, au sens où il y a des nombres premiers, qui ne peuvent être divisés que par un ou par eux-mêmes.
Premiers, comme le sont les êtres qui naissent, premiers à eux-mêmes, uniques. Chaque texte unique avance
alors sur son chemin unique mais sur le même terrain, où il croise d’autres chemins, crée d’autres voies avec eux, formant réseau, se déployant comme le font des troupes pour faire mouvement.
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A la librairie Viollette and Co
102 rue de Charonne, Paris 11ème
tél 01 43 72 16 07
Le 25 novembre 2009 à 19h
Rencontre avec
EVELYNE LE GARREC
pour la sortie de son livre
Séverine (1855-1929)
Vie et combats d’une frondeuse
cette femme exceptionnelle en complétant son hommage par un choix de 19 articles de Séverine publiés entre 1886 et 1903. L’ouvrage est illustré par des lavis de Colette Deblé, Isabelle Rome en a rédigé la préface et Bernard Noël,la postface.
Séverine est publié à L’Archipel.
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France Culture
Le 19 octobre 2009, de 9 à10h
LA FABRIQUE DE L'HISTOIRE
d'Emmanuel Laurentin
Thème : CULTE DES GRANDS HOMMES
Invitée Cathy Bernheim
radiofrancefrance-culturefabriquenew/fiche
Pour écouter :
FCultureFabdelHistoire19-10-9
"Avant les grands hommes, les grandes femmes ! A l'occasion d'une série consacrée au culte des grands hommes, nous ouvrons la semaine en évoquant celles qui ont voulu rendre hommage à une
anonyme : la femme du soldat inconnu.
C'était le 26 août 1970, une dizaine de militantes se réunissaient place de l'Etoile. Elle veulaient réaliser une action spectaculaire pour soutenir leurs consoeurs américaines qui
avaient déclenché une grève. Ce sera la pose d'une gerbe à celle qui est encore "plus inconnue que son mari".
Cette action brève mais médiatisée lancera le mouvement féministe qui va rapidement se structurer.
Cathy Bernheim qui a déjà raconté cette histoire au début des années 1980 dans "Perturbation, ma sœur" (ed. Seuil) , revient sur l'ambiance de cet événement, quand les militantes
féministes voulaient faire entrer les femmes dans l'histoire.
Pour écouter :
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Le livre "Mouvements de presse" sur la presse féministe et lesbienne des années 1970 à nos jours, édité
par les ARCL, est paru. Michèle Laroche et Michèle Larrouy le présenteront à la
librairie violette and co le vendredi 18 septembre à
19h et le samedi 10 octobre à
Montreuil la Maison ouverte au 17, rue Hoche
93100 Montreuil
Tél : 01 42 87 29 02

Ce livre propose de vous faire découvrir la richesse de la presse lesbienne et féministe francophone parue des années 1970 à nos jours. Au premier regard, une diversité graphique, une richesse inventive des couvertures, une diversité des formats : revues, magazines, bulletins ou bulletines, menstruelles, feuilles d’infos, fanzines... Des journaux se revendiquant du Mouvement de libération des femmes aux journaux des divers courants des mouvements féminste et/ou lesbien ; des journaux d’informations culturelles aux feuilles de liaisons entre groupes lesbiens... La lecture des éditoriaux témoigne de la formidable diversité politique de tous ces courants. Ces journaux, ces revues, qui foisonnent dès 1974, sont, en effet, pratiquement tous élaborés dans la non-mixité et sortis des presses d’imprimeries souvent associatives et militantes, certaines même tenues par des imprimeuses. Ils ont permis la cirulation de pensées contradictoires ou croisées, lesbiennes, féministes, politiques "classiques", comme des entités entièrement élaborées.
http://elles.centrepompidou.fr
http://elles.centrepompidou.
fr/blog
Et un mot de désordre relevé en
visitant cette expo :
"Je ne peux pas imaginer un esprit sans révolte, ce serait comme un corps exsangue."
Dorothea Tanning, interview 1974
Pour la première fois, le Centre Pompidou présente un accrochage de la collection du Musée national d’art moderne – Centre
de création industrielle entièrement consacré aux artistes femmes de notre temps.
elles@centrepompidou s’appuie sur l’une des plus riches collections au monde
d’art moderne et contemporain. C’est l’occasion pour l’institution d’affirmer avec force son engagement auprès des artistes femmes, toutes disciplines confondues, de toutes les
nationalités, et de remettre les créatrices au centre de l’histoire de l’art du XXe et du XXIe siècles.
Après Big Bang en 2005
et Mouvement des Images en 2006-2007, elles@centrepompidou réunit une sélection de plus de 500 œuvres et plus de 200 artistes, dans un parcours thématique et chronologique.
Des figures emblématiques telles Sonia Delaunay, Frida Khalo, Dorothea Tanning, Joan Mitchell, Maria-Elena Vieira da Silva, et tant d’autres pour la partie historique, voisinent avec les
grandes créatrices contemporaines, parmi lesquelles on peut citer Louise Bourgeois, Rosemarie Trockel, Rachel Whiteread, VALIE EXPORT et Dominique Gonzalez-Foerster.
Des citations d’artistes commentant leur œuvre, ainsi que des citations d’auteurs, philosophes, romancières ou historiennes rythment le parcours de l’exposition. Plusieurs de ces
personnalités viendront à la rencontre du public.
La programmation pluridisciplinaire du Centre Pompidou permet d’approfondir les domaines culturels que les femmes ont explorés depuis un siècle, littérature, histoire de la pensée, danse
ou encore cinéma. Un audio-guide a été conçu pour accompagner le public dans sa découverte.
Un ouvrage de 380 pages est publié aux éditions du Centre Pompidou en versions française et anglaise. Il comprend de nombreux textes et essais d’auteurs ainsi qu’une chronologie couvrant
le siècle.
Ndb : lire aussi femmes/artistes,
artistes femmes, Catherine Gonnard et Elizabeth Lebovici, Hazan,
2007.
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… quand l'actualité nous rattrape et nous dépasse…
• 22 mars 2009 : le prix Anna Politkovskaia du documentaire a été décerné à "Kommunalka", de la photographe et réalisatrice Françoise
Huguier. Ce film retrace et enregistre la vie dans un appartement communautaire de St Pétersbourg, à travers des images (filmées ou photographiées) toujours poétiques, Katel Djian étant la
chef-op sur ce projet de Françoise Huguier. Françoise, qui s'est rendue pendant de nombreuses années dans cet appartement pour partager le quotidien de ses habitants, publie par ailleurs
les photos issues de ce travail aux Éditions Actes Sud sous le titre "Kommunalki" (avec un i, nuance linguistique qui doit avoir un sens). Et ce n'est pas parce que c'est une amie qu'il faut
s'interdire de le dire : c'est très beau.
http://www.francoisehuguier.com/

• 24 oct. 08 : Dim (voir photo) annonce la fermeture de son dernier site de fabrication en France, à Autun.
Que faire?
en mouvement, debout
Liliane Kandel
: "Dans un monde qui a changé,
de nouvelles résistances à inventer"
LE MONDE | 07.03.09 | 16h07 • Mis à jour le 08.03.09 | 10h49
Le féminisme aujourd'hui ? Non seulement il n'est pas mort mais on peut dire que, d'une certaine manière, il a
gagné. Exactement comme Mai 68. Et, exactement comme Mai 68, il a induit des changements profonds, peut-être irréversibles de la société, des institutions, des façons de vivre et d'être au monde
- en même temps que des dérives, des détournements et des perversions. Reste qu'aujourd'hui, plus personne n'oserait se revendiquer "sexiste" ou "misogyne".
Dire "on a gagné" - et il faut mesurer l'immense chemin parcouru depuis les années 1960 - ne signifie pas évidemment pas que l'on a tout gagné (sur ce "tout", du reste, les conceptions
divergent). Des femmes meurent sous les coups de leur compagnon, la pauvreté, le chômage sont majoritairement féminins, les salaires restent inégaux, le temps consacré au travail domestique
encore plus, et les femmes députées ou PDG trop rares : tout cela est connu, dénoncé, combattu par les groupes féministes, parfois en vain, parfois victorieusement, et justifie que nombre d'entre
les militantes se définissent comme "toujours féministes".
Est-ce suffisant ? Est-on sûr que cela constitue ou continue ce que fut le Mouvement de libération des femmes ? Je vais me mettre beaucoup de monde à dos, mais il me semble que, s'il y a
aujourd'hui du féminisme (ou du pseudo-féminisme) partout, on peut se demander s'il y a encore un mouvement - au sens du mouvement des années 1970. On oublie trop souvent que celui-ci n'a pas été
seulement un mouvement social : de colère, de révolte, de solidarité retrouvée des femmes entre elles, mais aussi, et indissociablement, un mouvement de découverte permanente, de dévoilement,
c'est-à-dire de subversion et de renversement des paradigmes de pensée dominants. Et cela se joua sur tous les terrains, tous les modes d'expression, d'intervention, toutes les formes de
discours, des plus savants aux plus (apparemment) farfelus.
Et "je suis une
femme, pourquoi pas vous ?", qui fut une des facettes de la déconstruction du discours,
millénaire, de la différence des sexes, de sa naturalité.
Telle fut l'extraordinaire efficacité symbolique du Mouvement.
Les slogans avaient, alors, exactement la fonction du mot d'esprit selon Freud : et le rire des femmes fut sans doute un des rires les plus politiques, les plus philosophiques - et les plus
libérateurs - qui soient.
Mais voilà. On ne rit plus beaucoup aujourd'hui. D'abord, parce que l'effet de découverte, de connaissance, de subversion des paradigmes, la surprise joyeuse (et/ou le scandale) qui
l'accompagnait, a eu lieu : le travail est fait - et bien fait. Ensuite et surtout parce que le moment historique du rire est, sans doute, derrière nous. Pour le dire autrement : Mai 68, le
"MLF", furent des mouvements offensifs, de mise en question de nos sociétés, de leurs incohérences, de leurs hypocrisies, de leurs vices cachés. Et ces sociétés, d'une certaine manière, étaient
prêtes à les entendre. Mais l'offensive aujourd'hui n'est plus de notre fait. Les enjeux, les dangers mortels pour les femmes (et pas seulement pour elles) se sont déplacés ailleurs, sur de
nouvelles scènes, avec une tout autre violence, inimaginable autrefois. Par exemple, dans nos cités, où il est recommandé encore souvent de sortir voilée ou en jogging pour éviter harcèlements,
insultes - ou agressions (ce fut la force de Ni putes ni soumises de dévoiler, justement, le lourd silence sur ces situations). Mais aussi au niveau le plus élevé de la gouvernance
internationale, à l'ONU, où sous prétexte de lutte contre la "diffamation des religions", contre le blasphème, et au nom d'une incertaine "alliance des civilisations", l'on est en train d'imposer
peu à peu les motions les plus obscurantistes, les plus rétrogrades, les plus attentatoires aux libertés (et d'abord, à celles des femmes).
La violence machiste se transforme. Le monde est autre. De
nouvelles stratégies apparaissent, d'autres résistances s'inventent, d'autres analyses se font jour. Daniel Cohn-Bendit intitulait son livre Forget 68. La
fidélité ne serait-elle pas finalement de dire, nous aussi : "Forget MLF" ?
Liliane Kandel est sociologue et membre du comité de rédaction des Temps modernes, auteur de Féminismes et nazisme (éd. Odile Jacob) et coauteur des
"Chroniques du sexisme ordinaire" (Les Temps modernes, de 1973 à 1983).
Recueilli par Josyane Savigneau
Article paru dans l'édition du 08.03.09
Parlons Net
Parité dans les élites, débat sur le Net: le féminisme est-il mort?
Faut-il lutter contre les inégalités entre hommes et femmes au sein des partis et dans les élites ou dans la blogosphère et sur le Net? A l'occasion de la journée de la femme, Parlons net met
face à face Christine Fauré, chercheuse au CNRS et militante et féministe, et deux blogueuses indépendantes, Hypos et Laure Leforestier.
Christine Fauré est l'auteur d'une Encyclopédie politique et historique des femmes au PUF traduite dans plusieurs pays. Hypos discute de citoyenneté, de politique et d'engagement sur son blog et Laure Leforestier jette son regard sur l'actualité et la politique, notamment rouennaise sur le sien.
Les invitées de Parlons net étaient cette semaine interviewées par Marc Cohen, deCauseur.fr, Jérôme Bouin, du Figaro.fr, Sylvain Lapoix, de Marianne2.fr, le tout animé par David Abiker, de France Info.
Prise de son : Philippe Bredin et Allison Ascrizzi
Images: Jean-Michel Després et Maurice Lévy
Dimanche 08 Mars 2009 - 17:24
Sylvain Lapoix
MONDE 11/03/2009 À 06H54
http://www.liberation.fr/monde/0101553571-durban-ii-contre-les-femmes
Durban II contre les femmes
Annie Sugier présidente de la Ligue du Droit International des Femmes.
On oublie trop souvent les grandes manœuvres internationales dont les femmes font les frais au nom du retour en
force de la religion et du respect de la diversité culturelle. Un moment fort dont les Nations unies ont le secret sera Durban II. A l’image de ce qui s’est passé à la réunion de 2001,
le fait religieux - principalement islamique - sera présenté comme la solution à tous les conflits sociétaux et internationaux. La France doit se retirer de la conférence Durban II,
il en va de la démocratie et de l’avenir des femmes.
Depuis 1983, la Ligue du droit international des femmes, dont la fondatrice fut Simone de Beauvoir, a régulièrement dénoncé la manière dont les droits humains universels des femmes ont été remis en question au nom du multiculturalisme et du respect des religions et des civilisations. Elle constate un phénomène plus nouveau, le détournement de certaines revendications des organisations féministes, y compris au sein des institutions internationales, pour mieux faire taire les aspirations émancipatrices et universalistes des femmes.
Ainsi l’application de la charia est préconisée pour venir à bout de pratiques traditionnelles telles que les mutilations sexuelles, ou pour endiguer les violences conjugales. Quant à la prostitution et la traite des femmes, elles seraient censées disparaître si la polygamie était maintenue et que les femmes retrouvaient leur fonction maternelle dans la société. Même la parité et l’éducation des filles sont affirmées comme étant des objectifs portés par la charia.
En 2001, lors de la Conférence contre le racisme à Durban, les organisations de femmes, qui auraient dû pouvoir s’exprimer librement au cours de la conférence des ONG qui se tenait en marge des négociations gouvernementales, furent en fait muselées. Au niveau des Etats, ce fut pire encore, la République islamique d’Iran proposait tout simplement que le mot «femme» soit supprimé de l’ensemble du texte gouvernemental. Dans la foulée, les Emirats arabes unis, le Bahreïn, l’Arabie Saoudite, le sultanat d’Oman, le Qatar et le Koweït se démarquaient des libellés et des concepts contraires à la charia islamique. Quant à certaines démocraties, elles avaient déjà capitulé en reconnaissant la religion comme «valeur intrinsèque des êtres humains», qui «peut aider à promouvoir la dignité» et «éliminer le racisme».
Pour l’Organisation de la conférence islamique qui tient la dragée haute dans les instances internationales (et qui est représentée par le Pakistan au Conseil des droits de l’homme), les femmes doivent être valorisées, protégées et respectées, mais la sexualité hors mariage pénalisée et l’avortement considéré comme une «exécution extrajudiciaire». Pour les nouveaux chantres des droits humains, si les femmes sont exploitées sexuellement, la faute en revient aux féministes occidentales qui ont favorisé la transformation des femmes en objets sexuels et tout ce qui s’ensuit : pornographie, viol, prostitution, lesbianisme.
La conférence Durban II - dont le comité préparatoire est présidé par la Libye avec comme vice-présidence notamment l’Iran - ne fera qu’entériner ces régressions idéologiques à l’œuvre depuis sept ans, qui se sont encore aggravées lors des négociations sur le texte de la Conférence. Le président Sarkozy a affirmé, lors de son discours d’investiture le 6 mai 2007, que la France n’abandonnerait pas les femmes opprimées dans le monde. La France ne doit pas cautionner la mise en avant des religions et l’attaque de la liberté d’expression dont les femmes sont toujours les premières victimes.
Coauteur de : les Dessous du voile, 1989-2009, vingt ans d’offensive islamique contre la République laïque (éd. Ripostes).
LDIF : http://www.ldif.asso.fr
Chronique
Il ne faut pas déserter Durban II, par Caroline Fourest
LE MONDE | 13.03.09 | 14h18 • Mis à jour le 13.03.09 | 14h18
http://carolinefourest.wordpress.com/2009/03/15/il-ne-faut-pas-deserter-durban-ii/
Il y a bien des raisons de redouter la conférence contre le racisme qui s'annonce à Genève du 20 au 24 avril. Ceux qui ont assisté à la première édition, à Durban (Afrique du Sud), en septembre 2001, ont encore en mémoire la prise en otage du forum des ONG par des groupes tiers-mondistes pro-islamistes et antisémites, les tracts regrettant Hitler, l'exposition de caricatures antisémites... Près de dix ans après la fin de l'apartheid, nous étions venus parler du racisme. Et nous n'avons entendu parler que d'Israël.
Est-ce une raison pour encourager l'Union européenne à suivre les Etats-Unis, le Canada et Israël, qui souhaitent boycotter la conférence de suivi ? En théorie oui. En pratique, les choses sont plus complexes. Les intellectuels ont bien raison d'alerter. Les diplomates ne doivent pas déserter.
D'abord, parce que la conférence se déroulera à Genève... sans forum des ONG. Si des débordements ont lieu dans les couloirs, ils seront encadrés, au pire révélateurs. Enfin et surtout, il ne s'agit pas d'un vrai Durban II, mais d'une simple conférence d'examen, destinée à faire appliquer la plate-forme adoptée par les Etats en 2001.
A l'époque, grâce à la vigilance et à la bataille de certaines délégations - notamment aux efforts conjoints de l'Afrique du Sud et de la Belgique, restée dans la bataille - cette plate-forme d'action contre le racisme a limité les dégâts. Fait rare, elle a refusé le texte inacceptable venant du forum des ONG. Cela n'aurait pas été possible si les pays européens avaient suivi les Etats-Unis et quitté eux aussi la conférence au milieu du gué.
Mais soyons clairs, cette plate-forme n'est pas bonne. Ultraminoritaires, les pays simplement soucieux de lutter contre le racisme ont dû céder à la surenchère et à la politisation voulues par certains pays. Le texte insiste sur la traite transatlantique, dans l'espoir d'obtenir des réparations financières, au risque d'esquiver la responsabilité de certains négriers noirs ou arabes. Il parle d'"islamophobie", au risque de confondre la lutte contre le racisme avec une lutte contre le blasphème. Sans dire un mot des minorités religieuses opprimées dans les pays musulmans au nom de la charia. Israël est le seul pays cité. Comme si la mort de civils palestiniens relevait du racisme et non de crimes de guerre liés à un conflit territorial.
Il ne dit rien des chasses aux homosexuels au Sénégal, ni de leur pendaison en Iran. L'histoire retiendra la longue liste de ces pays qui refusent de faire cesser l'homophobie ou le sexisme au nom du respect des cultures, consacré par la plate-forme de Durban.
La plupart des ajouts proposés par le Mouvement des non-alignés, l'Union africaine et le groupe des pays musulmans visent à aggraver ce texte. Ils insistent notamment pour élargir la lutte contre le racisme à la "diffamation des religions". Ce qui reviendrait à mettre les droits de l'homme au service de la protection des religions, au détriment de la liberté d'expression. Inacceptable.
L'Union européenne en a conscience et ne cédera rien là-dessus. Ses lignes rouges sont clairement établies : la question des réparations de l'esclavage ne doit pas être instrumentalisée, celle du Moyen-Orient ne doit pas donner lieu à surenchère, et le concept de "diffamation des religions" doit être écarté. Si l'une de ces lignes rouges est franchie, elle aura bien raison de briser le consensus et de ne pas cautionner. Mais pour l'instant, le processus est en cours. La négociation peut encore aboutir à un texte court, qui s'en tiendrait à la mauvaise déclaration de Durban, comme base de travail.
Mépriser cette négociation ne permettrait pas d'expliquer au monde la position de l'Union européenne. Il ne s'agit pas de déserter la lutte contre le racisme, mais de résister à son instrumentalisation. Le risque serait surtout d'affaiblir un peu plus le multilatéralisme, dont nous avons tant besoin pour préserver l'universalisme et renégocier un jour cette plate-forme.
Caroline Fourest
Article paru dans l'édition du 14.03.09.
TRIBUNE LIBRE
Article paru le 14 mars
2009
L’HUMANITÉ DES DÉBATS
Les religions n’aiment pas les droits des femmes
PAR GENEVIÈVE
FRAISSE, PHILOSOPHE (*).
Comment le Vatican peut-il condamner l’IVG d’une fillette violée ?
Le Vatican a du mal avec l’Holocauste : du mal parce qu’il n’a pas
brillé, au XXe siècle, pour le dénoncer ; du mal parce qu’il est capable de soupeser avec légèreté, au XXIe siècle, le négationnisme d’un de ses prélats. Or depuis longtemps, nous le savons,
les militants anti-avortement dénoncent l’IVG comme un acte similaire à l’Holocauste. Nous sommes des « survivants », clament les pro-vie, car nous avons survécu à la contraception et à
l’avortement, meurtres de masse. Le Vatican, en 2009, aggrave encore les choses : la négation de l’Holocauste y semble mieux admise que l’avortement d’une gamine. Oui, face à l’histoire
brésilienne d’excommunications en série pour l’avortement de cette fillette, violée, enceinte de jumeaux à neuf ans, la question principale vise l’Église, dans sa splendeur vaticane, et par voie
de conséquence ceux qu’elle entraîne avec elle, les catholiques… On les dit malheureux, furieux contre leur hiérarchie… Répétons-le : le lien entre les deux affaires n’est pas anecdotique,
ou simple coïncidence : l’extermination des juifs serait moins grave que la destruction de cellules vivantes sans visage.
Ensuite, en ce XXIe siècle où les religions sont à l’honneur, réfléchissons à ce qu’elles font aux femmes. Ma question est simple : quelle religion pense sérieusement le droit des femmes ? Il y a celles qui refusent l’avortement, l’habeas corpus des femmes, maîtrise de la reproduction, et il y a celles, parfois les mêmes, qui refusent la prêtrise aux femmes, c’est-à-dire la parité, dont je rappelle la signification : le partage du pouvoir de décider et d’agir pour le bien commun. Du côté de la liberté individuelle, de la propriété du corps, et du côté du collectif (comment imaginer et gouverner le monde), les religions préfèrent penser « pour » les femmes plutôt que de les laisser penser « par » elles-mêmes… Allons-y sans détour : aucune religion ne pense l’égalité des sexes, aucun des trois monothéismes notamment. Chrétiens, juifs, musulmans louvoient tous à leur façon pour éviter cette question brutale : l’égalité, doublée de la liberté, pour tous et toutes. On me répond toujours que tout est dans la nécessaire et délicieuse « complémentarité » des sexes ; manière de formuler, avec bonne conscience, toutes sortes de disparités.
Venons-en, enfin, à l’actualité politique : je n’écris pas ces lignes pour pester contre les religions en général, et leur traitement des femmes en particulier. J’écris pour expliquer que lorsque les féministes s’insurgent contre telle ou telle obligation liée à la religion musulmane, port du foulard ou polygamie, elles savent que la religion chrétienne, aujourd’hui l’Église catholique, peut être tout autant discriminante. Elles connaissent évidemment le soupçon, non négligeable, de bien-pensance colonialiste. Mais elles se savent dans le même bateau, embarcation si fragile du droit des femmes… Voyez d’ailleurs le peu de considération, pour ne pas dire le mépris, accordée par notre gouvernement au Planning familial.
Elles se mettent donc dans le même bateau car l’histoire leur enseigne la vigilance. Le droit des femmes ne s’exporte pas ? Mais il ne se fractionne pas non plus. Et partout, dans le monde, on peut s’en emparer. Ce n’est pas l’Occident et son universalisme qui nous intéressent, ce sont les principes d’égalité et de liberté.
(*) Derniers livres parus en 2008 : Le privilège de Simone de Beauvoir, Actes Sud et L’Europe des idées, France Culture/L’Harmattan.
Nous publierons dans cette colonne l'actualité des différentes initiatives que vous nous aurez communiquées.
Initiatives et Appels que vous retrouverez également dans les deux rubriques :
• 70>2010 Réunions-Appels
• 70 > 2010 Projets
Contacts: mailto:40ansdumouvement@live.fr
re.belles@free.fr
le 28 juin 2009
Lettre « régions »
Bonjour
Comme l’indique le texte ci joint •
70>2010 Réunions-Appels « 1970-2010… Mouvements de libération des femmes… 40
ans, ça se fête ! » nous avons organisé à Paris depuis quelques mois un collectif qui se propose d’impulser, de proposer des pistes, de
mettre en relation les initiatives et faire circuler les informations, afin que cet « anniversaire » se décline sous des formes variées et soit un moment fort pour la connaissance, la réflexion,
les échanges, les transmissions. Nous voulons que l’année 2010 soit un moment d’initiatives multiples, multiformes, plurielles.
Dans la région parisienne nous préparons des expositions, fêtes, journées de débats, présentations de films et vidéos.
C’est certainement dans de nombreuses villes et régions de France que des initiatives seront prise au cours de cette année 2010. Il est tout à fait important par exemple de
retrouver l’histoire et l’expérience des premiers groupes et des premières actions de cette « nouvelle vague » féministe des années 70 (collectifs autonomes de femmes, centres d’études
féministes, MLAC, lieux de femmes…) et les archives témoignant de toutes ces pratiques et réflexions (bulletins, tracts, photographies…).
Vous pouvez donc entrer en contact avec notre collectif afin d’avoir des échanges et de faire connaître mutuellement nos initiatives. Nous vous proposons que vous nous envoyez vos informations
sur vos projets, et nous diffuserons le plus largement possible afin qu’une dynamique commune se développe dans tous le pays. Nous aussi nous vous tiendrons au courant de ce que nous faisons et
des initiatives dont nous avons connaissance.
Bien à vous et dans l’attente de vos nouvelles !
Le Groupe d’initiative « 40 ans des mouvements de libération des femmes 1970-2010 «
Notre adresse électronique : 40ansdumouvement@live.fr
Notre adresse postale : 40
ans de Mouvement, c/o M. Revel, 7 rue des Récollets 75010 Paris
Consultez et enrichissez le blog : http://re-belles.over-blog.com/
Le mouvement féministe d’après 68 en
France est une histoire atypique et houleuse qui a laissé des traces… Pour moi, encore aujourd’hui, écrire en majuscules “MLF“ est une épreuve, une émotion et une
interrogation.
Pour comprendre, il faut
revenir à la journée du 6 octobre 1979. Une Marche des Femmes est prévue pour que la loi Veil de 75, légalisant provisoirement l’avortement, soit confirmée
lors de sa révision, prévue à la session parlementaire de l’automne 79.
Boulevard Raspail (?), à l’heure dite, la foule des femmes est impressionnante et quand la manifestation a démarré nous sommes 40 à 50.000. Nous n’avions jamais vu ça. Je savais que des collègues
à moi, instits. en Seine-Saint-Denis, avaient prévu de venir… Mais là, ces milliers de femmes de tous horizons, c’était le bonheur d’un aboutissement : “toutes les femmes“, sans drapeaux ni
signes distinctifs. Elles sont dans la rue pour leur Liberté.
Mais voilà que des galopades bizarres se font
sur les côtés. Un petit groupe habillé en vert et blanc. Certaines portent d’immenses lettres M, L, F, vertes aussi, d’autres distribuent des tracts, elles tentent de prendre la tête de la manifestation sans y parvenir, ouf ! C’est Psyképo pour les initiées ;
le groupe psychanalyse et politique, librairie des femmes, éditions des femmes, Antoinette et ses groupies, on a l’habitude… Si ce
n’est que…
...Quelques jours plus tard nous apprenons que “Mouvement de Libération des Femmes – MLF“ a été déposé comme marque commerciale à l’Institut National de la
Propriété Industrielle.
Les tentatives d’Antoinette Fouque pour s’approprier le mouvement des "femmes" et du même coup de "les" déposséder de ce qu'"elles" viennent de conquérir ont commencé bien avant l’automne 1979 et
continuent encore aujourd’hui. La dernière offensive était en octobre dernier. Pour en connaître les détails, les méthodes et les déjouer, vous pouvez lire les articles parus dans la presse
nationale du mois d’octobre 2008.
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